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Instabilité chronique de cheville : quand la cheville continue de se dérober

Votre cheville se tord encore, ou vous ne lui faites plus confiance, des mois après une entorse ? Voici ce qu'est l'instabilité chronique, pourquoi la douleur change tout, ce que nous mesurons au bilan, et ce que disent vraiment les études sur la rééducation, les chevillères et les semelles.

  • Plateforme de posturographie normée
  • Score Ankle-GO de retour au sport
  • Compte rendu pour votre kinésithérapeute
Comprendre

Qu'est-ce que l'instabilité chronique de cheville ?

On parle d'instabilité chronique quand, plus de 12 mois après une entorse externe, la cheville continue de se dérober, que les entorses se répètent, ou que des symptômes persistent : douleur, gonflement, raideur, faiblesse, gêne au sport. C'est la définition de l'International Ankle Consortium (Gribble 2014). Elle concernerait jusqu'à 40 % des personnes après une première entorse (Hertel 2019).

Instabilité avec douleur

La douleur est au premier plan. Une lésion entretient le plus souvent l'instabilité : elle doit être recherchée et traitée en priorité, avant de travailler l'équilibre.

Instabilité sans douleur

La cheville ne fait pas mal, mais elle « lâche » ou inquiète. Le bilan cherche alors ce qui manque : contrôle de l'équilibre, appui sur une jambe, agilité, ou confiance dans la cheville.

Tout se joue souvent dans les premières semaines. Dans une étude qui a suivi 82 personnes après une première entorse, celles qui ne pouvaient pas encore sauter et se réceptionner sur la jambe atteinte 2 semaines après l'accident étaient plus à risque de devenir instables à un an (Doherty 2016). Une entorse de cheville bien rééduquée dès le départ reste la meilleure prévention.

Si c'est douloureux

Chercher d'abord la lésion qui entretient l'instabilité

Une cheville instable et douloureuse cache souvent une lésion passée inaperçue au moment de l'entorse. Au bilan, l'examen clinique oriente ; la confirmation passe par l'imagerie, prescrite par votre médecin.

Ligament mal cicatrisé

Ligament externe distendu ou rompu : la cheville est instable « mécaniquement ». Tiroir antérieur, varus forcé, échographie ou IRM.

Lésion du cartilage

Une lésion ostéochondrale du dôme du talus : douleur profonde à l'effort, gonflement, blocages.

Entorse haute ou conflit

Une atteinte de la syndesmose ou un conflit à l'avant de la cheville ; ou un syndrome du sinus du tarse.

Tendons fibulaires

Une tendinopathie ou une luxation des fibulaires : douleur derrière la malléole externe.

Travailler l'équilibre sur une cheville douloureuse sans traiter la lésion revient à soigner la conséquence et pas la cause. Face à une instabilité douloureuse, nous faisons un examen clinique de la cheville, puis nous vous orientons vers votre médecin traitant ou un médecin du sport pour l'imagerie et, si besoin, l'avis d'un chirurgien. Le compte rendu du bilan leur est transmis.

L'idée reçue

« Avec une chevillère et quelques exercices, ça va passer »

Ce qu'on croit

Une cheville qui se tord souvent est juste « fragile » : une chevillère, un strapping et un peu de renforcement suffisent.

Ce que montrent les études

Utilisés seuls, strapping, chevillère et semelles n'améliorent pas l'équilibre dynamique des chevilles instables (Tsikopoulos 2020). Chez 30 patients instables, strapping et chevillère amélioraient la confiance et le ressenti, pas les performances aux tests (Picot 2025).

Le traitement qui marche le mieux, c'est la rééducation qui associe équilibre et renforcement (Yang 2025). Encore faut-il savoir ce qui manque à votre cheville : c'est l'objet du bilan.

Le bilan

Sans douleur : trois mesures pour savoir ce qui manque

Le but n'est pas de « confirmer » que la cheville est instable, vous le savez déjà, mais d'identifier ce qui est déficitaire, pour que votre kinésithérapeute travaille ce qui vous manque vraiment. Les résultats sont chiffrés, comparés côté atteint et côté sain, et transmis.

  1. L'équilibre général

    Sur la plateforme de posturographie normée, debout, yeux ouverts puis fermés. Le quotient de Romberg (yeux fermés sur yeux ouverts) montre à quel point vous compensez avec la vue un équilibre qui ne vient plus assez des pieds et des chevilles.

  2. L'appui sur une jambe

    Toujours sur la plateforme, en appui sur la jambe atteinte puis sur l'autre : c'est la proprioception propre à la cheville. Un écart entre les deux côtés oriente la rééducation vers le travail sur une jambe, yeux fermés ou en double tâche.

  3. Le retour au sport : le score Ankle-GO

    Six épreuves, notées sur 25 points, qui mesurent l'équilibre, l'agilité, la fonction et la confiance. Le détail des notes montre quel point freine la reprise.

  4. Les appuis et la chaussure

    Forme du pied, arrière-pied en varus, répartition des pressions, chaussures de sport : ce qui peut justifier, ou non, une semelle.

Le score Ankle-GO

Un score français validé pour décider du retour au sport

Mis au point par l'équipe de Brice Picot et Alexandre Hardy, avec Ronny Lopes et François Fourchet, le score Ankle-GO a été validé après entorse de cheville : fiabilité excellente (coefficient 0,99, une variation de plus de 1,2 point est réelle) (Picot, Sports Health 2024).

ÉpreuveCe qu'elle mesurePoints
Appui sur une jambe, yeux fermésÉquilibre statique3
Star Excursion Balance TestÉquilibre dynamique dans 3 directions7
Side Hop TestAgilité en sauts latéraux5
Course en huitAgilité en changements de direction3
Questionnaire FAAMFonction au quotidien et au sport4
Questionnaire ALR-RSIConfiance et appréhension3
< 8 / 25

À 2 mois de l'entorse : retour au même niveau peu probable, et risque de nouvelle entorse multiplié par 9 sur 2 ans (Picot 2024).

> 11 / 25

À 2 mois : bien plus de chances de retrouver une cheville stable et sans récidive à un an (Picot 2024).

19,6 / 25

Score moyen de sportifs sans blessure : un repère, pas un seuil de reprise.

Un même score, deux situations différentes. 14 sur 25 peut venir d'un manque de confiance ou d'un manque d'agilité : la rééducation ne sera pas la même. C'est pourquoi le compte rendu détaille chaque épreuve pour votre kinésithérapeute.

Les solutions

La rééducation d'abord, ciblée par le bilan

  • La rééducation est le traitement de base : équilibre et renforcement associés font mieux que les autres approches (Yang 2025). Votre kinésithérapeute reçoit le détail du bilan : travail yeux fermés, en double tâche, agilité, ou confiance, selon ce qui manque.
  • Des semelles sur mesure, si le bilan les justifie, en complément : surface texturée pour stimuler la plante du pied, ou calage de l'arrière-pied. Elles peuvent améliorer l'équilibre, sans remplacer la rééducation.
  • Strapping ou chevillère pour reprendre le sport en confiance, en sachant qu'ils rassurent plus qu'ils ne stabilisent.
  • Un suivi à 6 semaines par e-mail, avec un questionnaire. Nous vous revoyons au cabinet, avec un nouveau score Ankle-GO et un appui sur une jambe sur la plateforme, si un ajustement est utile ou avant la reprise du sport.
  • Si la cheville reste instable malgré une rééducation bien conduite, votre médecin peut demander l'avis d'un chirurgien ; le compte rendu du bilan lui est transmis.
Les études

Les semelles : ce qui est établi, et ce qui ne l'est pas

En faveur

Chez 25 sportifs instables, un coin de 4° sous l'arrière-pied améliorait aussitôt l'équilibre sur une jambe et l'équilibre dynamique (Chang 2019). Des semelles sur mesure à surface texturée amélioraient davantage le Star Excursion Balance Test que des semelles lisses ou du commerce, chez 30 patients (Abbasi 2019). Une texture sous l'avant-pied réduisait les oscillations debout sur une jambe (Tang 2025).

Les limites

Ce sont des effets immédiats, mesurés sur de petits groupes. Une méta-analyse ne retrouve pas d'effet net d'une seule séance avec des semelles sur mesure (Singh 2023), et les supports utilisés seuls ne font pas mieux que rien (Tsikopoulos 2020). Les revues concluent à des effets possibles des semelles texturées, inconstants pour les semelles de soutien de voûte (Tang 2023).

Notre lecture : la semelle n'est pas le traitement de l'instabilité chronique. Elle peut aider l'équilibre, en complément d'une rééducation ciblée, chez les patients dont le bilan le justifie ; nous vérifions son effet sur la plateforme.

Questions fréquentes

Vos questions sur l'instabilité de cheville

Qu'est-ce que l'instabilité chronique de cheville ?
C'est une cheville qui continue de se dérober, de se tordre ou de rester gênante plus de 12 mois après une entorse externe. Elle toucherait jusqu'à 4 personnes sur 10 après une première entorse. Elle peut être douloureuse ou non, et c'est ce qui oriente toute la prise en charge.
Pourquoi la douleur change-t-elle la prise en charge ?
Une instabilité douloureuse cache souvent une lésion : ligament mal cicatrisé, lésion du cartilage du talus, atteinte de la syndesmose ou des tendons fibulaires. Elle doit être recherchée et traitée d'abord, avec votre médecin et l'imagerie. Sans douleur, le bilan cherche plutôt ce qui manque en équilibre, agilité ou confiance.
Une chevillère ou un strapping suffisent-ils ?
Non. Utilisés seuls, ils n'améliorent pas l'équilibre dynamique des chevilles instables. Ils aident surtout à reprendre le sport en confiance. Le traitement de base reste la rééducation, qui associe équilibre et renforcement.
Quelle différence entre la plateforme et le score Ankle-GO ?
La plateforme de posturographie mesure l'équilibre debout, yeux ouverts et fermés, et l'appui sur une jambe, côté atteint contre côté sain. Le score Ankle-GO regroupe six épreuves, dont l'agilité et la confiance, notées sur 25 points, pour décider du retour au sport. Les deux se complètent.
Les semelles aident-elles en cas d'instabilité de cheville ?
Elles peuvent aider l'équilibre : de petites études montrent un effet immédiat d'un calage de l'arrière-pied ou d'une surface texturée. Mais elles ne remplacent pas la rééducation, et utilisées seules elles ne font pas mieux que rien. Nous ne les proposons que si le bilan les justifie, et nous vérifions leur effet sur la plateforme.
Je me suis tordu la cheville il y a quelques semaines : que faire ?
Faites-la examiner, surtout si vous ne pouvez pas encore sauter et vous réceptionner sur cette jambe : c'est un signe qui prédit une instabilité à un an. Une rééducation bien conduite dès le départ est la meilleure prévention. Vers 2 mois, le score Ankle-GO aide à décider quand reprendre le sport.
Combien coûtent le bilan et les semelles ?
Le bilan coûte 70 euros, non remboursés par l'Assurance maladie, et il est compris dans le prix des semelles si elles sont réalisées. Les semelles coûtent de 185 à 200 euros la paire et sont remboursées au plus 17,31 euros, sur prescription de votre médecin ou du pédicure-podologue lui-même. Beaucoup de mutuelles prévoient un forfait podologie. Tous nos prix sont sur la page tarifs.

Nos sources

  • Hertel J, Corbett RO. An updated model of chronic ankle instability. J Athl Train, 2019;54(6):572-588. PubMed
  • Gribble PA, et al. Selection criteria for patients with chronic ankle instability in controlled research: a position statement of the International Ankle Consortium. Br J Sports Med, 2014;48(13):1014-1018. PubMed
  • Doherty C, et al. Recovery from a first-time lateral ankle sprain and the predictors of chronic ankle instability: a prospective cohort analysis. Am J Sports Med, 2016;44(4):995-1003. PubMed
  • Picot B, et al. Development and validation of the Ankle-GO score for discriminating and predicting return-to-sport outcomes after lateral ankle sprain. Sports Health, 2024;16(1):47-57. PubMed
  • Picot B, et al. Low Ankle-GO score while returning to sport after lateral ankle sprain leads to a 9-fold increased risk of recurrence: a two-year prospective cohort study. Sports Med Open, 2024;10(1):23. PubMed
  • Picot B, et al. Ankle-GO score is associated with the probability of becoming coper after lateral ankle sprain: a 1-year prospective cohort study. Br J Sports Med, 2024;58(19):1115-1122. PubMed
  • Picot B, et al. Ankle supports enhance only psychological aspects of the Ankle-GO score in patients with chronic ankle instability. J Athl Train, 2025;60(6):429-436. PubMed
  • Yang YS, et al. Treatment effects of physical therapy approaches to managing chronic ankle instability: a network meta-analysis of randomized controlled trials. J Orthop Sports Phys Ther, 2025;55(1):26-44. PubMed
  • Tsikopoulos K, et al. Do external supports improve dynamic balance in patients with chronic ankle instability? A network meta-analysis. Clin Orthop Relat Res, 2020;478(2):359-377. PubMed
  • Chang HY, et al. The effectiveness of rearfoot medial wedge intervention on balance for athletes with chronic ankle instability. Medicine (Baltimore), 2019;98(26):e16217. PubMed
  • Abbasi F, et al. Comparison of the effect of foot orthoses on Star Excursion Balance Test performance in patients with chronic ankle instability. Prosthet Orthot Int, 2019;43(1):6-11. PubMed
  • Tang Y, et al. Region-specific textured insoles enhance static stability in young adults with chronic ankle instability. J Biomech, 2025;192:112974. PubMed
  • Tang Y, et al. Effects of ankle orthoses, taping, and insoles on postural stability of individuals with chronic ankle instability: a systematic review. Healthcare (Basel), 2023;11(18):2570. PubMed
  • Singh AK, et al. Role of interventions targeting plantar cutaneous receptors in improving postural control in chronic ankle instability: a systematic review with meta-analysis. Foot (Edinb), 2023;56:102034. PubMed

Votre cheville reste instable malgré la rééducation ?

Un bilan chiffré identifie ce qui manque à votre cheville, et votre kinésithérapeute reçoit le détail pour cibler la rééducation.

Cette page informe sur l'instabilité chronique de cheville et ne remplace pas une consultation médicale. Une impossibilité de poser le pied, une douleur osseuse précise ou une déformation après un traumatisme imposent un avis médical rapide. Les résultats cités sont ceux des études référencées ; ils ne constituent pas une garantie individuelle.