Entorse de
cheville
L’entorse de cheville est la lésion ligamentaire la plus fréquente — environ 6 000 cas par jour en France. Dans 85 % des cas, le ligament talo-fibulaire antérieur (LTFA) se déchire lors d’un mouvement d’inversion. Souvent banalisée, elle évolue vers une instabilité chronique de cheville dans 40 à 41 % des cas non corrigés.
Le LTFA : ligament clé de l’entorse latérale
La cheville est stabilisée latéralement par trois ligaments. Le ligament talo-fibulaire antérieur (LTFA) relie la fibule au talus en avant — c’est le premier à se rompre lors d’un mouvement d’inversion (pied qui se retourne en dedans) en flexion plantaire. Il est suivi, dans les grades plus sévères, par le ligament calcanéo-fibulaire (LCF). Le ligament talo-fibulaire postérieur (LTFP) n’est lésé qu’en cas de luxation sévère.
Les trois ligaments latéraux de la cheville, en vue externe : le LTFA (talo-fibulaire antérieur, « anterior talofibular ligament ») — lésé en premier dans près de 85 % des entorses —, le LCF (calcanéo-fibulaire) et le LTFP (talo-fibulaire postérieur). Os : tibia, fibula, talus, calcanéus.
Illustration : Laboratoires Servier / SMART — Servier Medical Art, sous licence CC BY-SA 3.0.
Pourquoi le pied supinateur est-il un facteur de risque majeur ?
Un calcanéum en varus (pied creux supinateur) place les ligaments latéraux de cheville en tension de base permanente. À effort égal, le LTFA d’un pied varus supporte une contrainte nettement plus élevée qu’un pied neutre. C’est pourquoi les joueurs de football, basketteurs ou coureurs avec un morphotype supinateur récidivent plus souvent — et pourquoi la correction biomécanique par semelles est une composante essentielle de la prévention.
Trois grades de gravité, un même ligament
La sévérité d’une entorse latérale est évaluée selon l’étendue de la lésion ligamentaire et la capacité d’appui résiduelle. Cette classification guide les décisions thérapeutiques — notamment le besoin d’immobilisation et la durée avant retour au sport.
- Douleur face externe de cheville
- Gonflement péri-malléolaire
- Hématome sous-malléolaire
- Instabilité à l’appui
- Limitation de la mobilité
- Douleur à la palpation du LTFA
Deux complications à ne pas manquer
Fracture associée — Règles d’Ottawa
Une radio est indiquée si : douleur à la palpation de la malléole (6 cm postérieurs) ou du 5e métatarse et impossibilité de charger le poids du corps (4 pas douloureux). Ces critères validés permettent de ne pas manquer une fracture sans radiographier systématiquement.
Lésion ostéochondrale du talus (LODA)
Une fracture du cartilage talien peut survenir lors du traumatisme — notamment lors d’une inversion en charge. Elle se manifeste par une douleur profonde persistante après 6 semaines de rééducation normalement évolutive. IRM ou arthroscanner indiqués si suspicion.
Une entorse de cheville est rarement seule
Ce qui fait la complexité d’une entorse de cheville, c’est avant tout les pathologies associées. Une entorse est rarement isolée : elle s’accompagne le plus souvent d’autres lésions — et c’est fréquemment cette lésion associée, passée sous les radars, qui est responsable des complications et des douleurs persistantes.
Le rôle du podologue : souvent en 2ᵉ intention
Le podologue intervient rarement en première intention sur l’entorse aiguë, mais très souvent en seconde intention pour dépister et prendre en charge ces pathologies associées. En accès direct (droit au diagnostic), le bilan au cabinet comprend un examen clinique, des tests spécifiques et une échographie — pour ne rien laisser passer.
Le rôle du podologue : prévenir les récidives
Phase aiguë : ce n’est pas le rôle du podologue
La prise en charge immédiate (protocole RICE, évaluation clinique, immobilisation si nécessaire) relève du médecin et du kinésithérapeute. Le podologue intervient en phase sub-aiguë et chronique : une fois la douleur aiguë résorbée, pour analyser et corriger les facteurs biomécaniques qui exposent à la récidive. Environ 40 % des entorses récidivent dans les 12 mois — c’est là que l’action podologique est documentée.
Bilan podologique et testing de l’instabilité
Évaluation de la morphologie du pied (varus calcanéen supinateur ?), testing de la laxité ligamentaire résiduelle, analyse de la proprioception et de l’équilibre unipodal. Mesure des pressions plantaires par baropodométrie pour identifier les zones de surcharge latérale. L’évaluation peut aussi inclure une posturographie sur plateforme normée et le score AnkleGo — voir nos protocoles scientifiques.
Semelles de stabilisation
Chez le sujet supinateur, une valgisation calcanéenne (rehaussement du bord interne du talon) corrige l’axe du calcanéum, décharge les ligaments latéraux et réduit le risque d’inversion répétée. La semelle peut intégrer un appui externe de voûte plantaire pour limiter la supination du médio-pied. Réalisées en deux rendez-vous, remise généralement sous 3 à 10 jours.
Conseil chaussage et équipement sportif
Chaussure à tige montante pour les sports pivot (handball, basketball, volleyball). Éviter les chaussures trop souples ou usées sur le bord externe. Crampons adaptés à la pratique. Sur terrains instables : orthèse de cheville de prévention (chevillère semi-rigide) en complément des semelles.
Programme proprioceptif — coordination avec la kinésithérapie
La rééducation proprioceptive (équilibre unipodal, plateau de Freeman, exercices de proprioception yeux fermés) est du ressort du kinésithérapeute. Le podologue adapte les semelles pour optimiser le retour sensoriel plantaire pendant les exercices de stabilisation. Les deux approches sont complémentaires, pas substituables.
Suivi et adaptation à la reprise sportive
À la reprise du sport, les contraintes mécaniques changent — intensité, surfaces, chaussures spécifiques. Un contrôle podologique à 6–8 semaines permet d’adapter les semelles aux nouvelles contraintes de pratique et de vérifier que la biomécanique reste protectrice.
Phase aiguë : les bons réflexes avant tout rendez-vous
Dans les 48–72 h suivant l’entorse : repos (décharge ou appui protégé), glace 15 min toutes les 2 h (jamais directement sur la peau), compression (bandage élastique léger), surélévation du membre. L’anti-inflammatoire local (gel ibuprofène) peut être utile les 5 premiers jours. Consulter un médecin pour toute entorse avec hématome étendu ou impossibilité d’appui.
Skate, roller, trottinette : la cheville en première ligne
Dans les sports de glisse et de figures — skateboard, roller, trottinette freestyle — l’entorse externe de cheville est de loin la blessure la plus fréquente. Réceptions de sauts, appuis sur un plan incliné, contact du pied avec la planche, sols irréguliers : autant de situations où la cheville est brutalement forcée en inversion.
Pourquoi ces disciplines exposent particulièrement
Le pied travaille souvent en appui instable et décentré, dans une chaussure basse et souple (skate shoe) qui offre peu de maintien latéral. À la moindre réception ratée, rien ne freine l’inversion — d’où des entorses à répétition et, à terme, un risque d’instabilité chronique.
Notre prise en charge reprend la logique de prévention des récidives décrite plus haut, avec quelques accents propres à ces pratiques :
- Semelle de stabilisation — valgisation calcanéenne chez le supinateur, appui externe de voûte : on recentre l’appui pour limiter l’inversion répétée, dans la chaussure de skate comme en ville.
- Chaussage et protection — une tige un peu plus enveloppante hors pratique, et une chevillère semi-rigide de prévention sur les sessions à risque, en complément des semelles.
- La proprioception avant tout — sur une planche, l’équilibre se joue en micro-ajustements permanents. La rééducation proprioceptive (kinésithérapeute) reste le levier le mieux démontré contre la récidive ; la semelle optimise le retour sensoriel plantaire, elle ne le remplace pas.
À dire clairement
Aucun appareillage ne « protège » à lui seul la cheville d’un skateur. Semelles et chevillères sont des adjuvants biomécaniques : c’est le travail proprioceptif, le renforcement et une progression maîtrisée qui réduisent le mieux le risque de récidive. Le podologue s’inscrit dans une prise en charge d’équipe, aux côtés du kinésithérapeute.
Entorse de cheville — questions courantes
Quel est le rôle du podologue dans l’entorse — vs le kinésithérapeute ?
Quand faut-il consulter le podologue après une entorse ?
Les semelles seules suffisent-elles à prévenir les récidives ?
À partir de combien d’entorses parle-t-on d’instabilité chronique ?
Une entorse grade III nécessite-t-elle toujours une chirurgie ?
Entorses à répétition ou instabilité de cheville ?
Un bilan podologique identifie les facteurs biomécaniques prédisposants et adapte les semelles pour réduire le risque de récidive. Cabinet Olagnier à Bron, accessible depuis Lyon.
Cabinet Olagnier · Podologue-pédicure · 69 Bron (Lyon) · 04 72 37 17 31