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Lésion ostéochondrale du dôme astragalien (LODA) : comprendre et traiter

Une douleur profonde de la cheville qui ne passe pas après une entorse, un gonflement qui revient après l’effort, une sensation d’accrochage ? Une lésion du cartilage du talus, la LODA, fait partie des causes à rechercher. Voici comment elle se diagnostique, comment elle évolue et ce que peuvent apporter les semelles.

  • Lecture de votre imagerie
  • Équilibre mesuré sur plateforme
  • Semelles selon la localisation
Comprendre

Une lésion du cartilage et de l’os, sur le dôme du talus

Le talus, ou astragale, est l’os de la cheville qui s’emboîte sous le tibia. Sa face supérieure, le dôme, est couverte de cartilage. Une LODA est une zone abîmée de ce cartilage et de l’os situé juste en dessous, l’os sous-chondral.

Elle suit souvent un traumatisme : 80 % des patients d’une série chirurgicale rapportaient une entorse ou un choc de la cheville (Mintz 2003). Chez des sportifs passés à l’IRM dans les 10 jours suivant une entorse, 14 % avaient une lésion du cartilage, le plus souvent sur le talus (Baltes 2025). Certaines lésions apparaissent toutefois sans traumatisme net.

Elles siègent surtout au milieu du dôme, d’avant en arrière, et plus souvent sur le versant interne : 62 % des lésions sont internes, 34 % externes, et les internes sont en moyenne plus larges et plus profondes (Raikin 2007, 428 chevilles).

Lésions ostéochondrales du dôme talien (LODA), vue supérieure du talus : lésion du versant interne et lésion du versant externe, entre les facettes des malléoles.
Vue du dessus du talus : une lésion peut siéger sur le versant interne ou externe du dôme.
Classer la lésion

Nature, taille, profondeur, localisation

Le diagnostic repose sur l’IRM, prescrite et interprétée par le médecin ; la radiographie peut être normale. Le scanner ou l’arthroscanner précise l’atteinte de l’os. Quatre informations guident ensuite le traitement.

CritèreCe que l’on regardePourquoi c’est important
La nature (classification FOG)Fracture ostéochondrale, ostéonécrose ou géode (kyste sous le cartilage), selon la classification française de référence (Laffenêtre 2010).Une fracture récente stable n’évolue pas comme une géode installée.
L’état du cartilage (Mintz)Grade IRM de 0 à 5 : cartilage normal, fissuré, os à nu, fragment non déplacé ou déplacé (Mintz 2003).Un fragment instable ou déplacé oriente vers la chirurgie.
La tailleSurface ou diamètre de la lésion.Après arthroscopie, les résultats baissent au-delà d’environ 150 mm² (Choi 2009), voire dès 100 à 110 mm² ou 10 mm de diamètre (Ramponi 2017).
La profondeur et les kystesAtteinte de l’os sous le cartilage, présence d’un kyste, œdème osseux.Sans chirurgie, la douleur à long terme est liée à la profondeur et aux kystes (Klammer 2015).
La localisationVersant interne ou externe, avant, milieu ou arrière du dôme.C’est elle qui guide la semelle, et l’alignement de l’arrière-pied qui va avec.
Les traitements

Du traitement non chirurgical à l’arthroscopie

La décision appartient au médecin et au chirurgien. Voici ce que montrent les études pour chaque étape.

ÉtapePlaceCe que l’on en sait
Traitement non chirurgicalPremierAdaptation des activités, kinésithérapie, semelles. Bon résultat dans 45 % des cas en moyenne sur 868 patients ; la lésion reste stable à l’IRM chez la plupart, l’arthrose progresse chez environ 9 % (Buck 2023).
Lésion peu douloureuseSurveillanceAprès 4 ans en moyenne, 86 % des patients avaient peu ou pas de douleur, sans aggravation de la lésion à l’IRM (Klammer 2015) ; résultats maintenus à 14 ans chez la plupart (Weigelt 2020).
Injection intra-articulaireSelon le médecinDans un essai chez 32 patients, plasma riche en plaquettes et acide hyaluronique amélioraient tous deux la douleur à 28 semaines, le plasma davantage la fonction (Mei-Dan 2012). Petit essai, recul court.
ArthroscopieSi échecDébridement, curetage et perforations : 85 % de bons résultats en moyenne dans une revue ancienne (Tol 2000). C’est la technique de choix pour les lésions de moins de 1 cm² (Laffenêtre 2010).
Greffe ou comblementLésions largesPour les lésions plus étendues : greffe d’os spongieux, greffe ostéochondrale ou implantation de cellules cartilagineuses (Laffenêtre 2010).

Et la cheville instable ? Une LODA s’associe souvent à une entorse mal consolidée. Une cheville qui « part » encore doit être prise en charge pour elle-même : voir l’entorse de cheville et l’entorse haute (syndesmose). Chez les sportifs, une atteinte de la syndesmose n’augmentait pas significativement le risque de lésion du cartilage (Baltes 2025).

Les semelles

Déplacer la charge, du côté de la lésion vers le côté sain

Soyons clairs : aucun essai n’a encore testé les semelles dans la LODA. Leur intérêt repose sur un raisonnement mécanique, appuyé par deux types d’études.

D’abord, les lésions du versant interne sont associées à un arrière-pied en varus, le talon qui penche vers l’intérieur (Cao 2026, 111 patients). Ensuite, modifier l’alignement de l’arrière-pied déplace la charge dans la cheville : sur des chevilles de cadavres, une ostéotomie qui décale le calcanéum vers l’extérieur déchargeait le versant interne d’environ 10 % (Flury 2023).

Une semelle agit beaucoup moins qu’une chirurgie, mais dans le même sens. C’est ce que nous appelons la modulation du stress mécanique : réduire, sans l’annuler, la charge qui passe par la zone abîmée, le temps que les symptômes se calment. Le bénéfice est d’autant plus plausible que la lésion est excentrée ; une lésion au centre du dôme reçoit la charge quelle que soit la correction.

Versant interne

Correction qui ramène le talon vers l’extérieur et soutient l’arche, surtout si l’arrière-pied est en varus.

Versant externe

Déport vers l’intérieur seulement si la cheville est stable : une cheville instable ne doit pas être poussée vers l’entorse.

Avant ou arrière du dôme

Amorti du talon ou de l’avant-pied et gestion de la flexion de la cheville, selon la zone. Ces localisations sont plus rares : 6 % à l’avant, 14 % à l’arrière (Raikin 2007).

Centre du dôme

Rôle limité : amorti global et confort, mais la lésion reste sous la charge. La discussion médicale vient plus tôt.

Au cabinet

Le déroulé de votre bilan

Le diagnostic de LODA est médical. Le podologue intervient dans le traitement non chirurgical, en lien avec votre médecin ou votre chirurgien.

  1. Votre histoire et votre imagerie

    Entorses passées, sport, chaussures ; lecture des comptes rendus d’IRM et de scanner pour situer la lésion et sa taille.

  2. L’examen du pied

    Alignement du talon en charge (varus, valgus), mobilité de la cheville, stabilité ligamentaire, appuis sur plateforme de pression.

  3. L’équilibre

    Équilibre sur un pied mesuré sur notre plateforme de posturographie : après une entorse, il révèle une cheville qui contrôle mal ses appuis.

  4. Le plan

    Semelles adaptées au versant atteint, conseils d’activité, travail d’équilibre avec votre kinésithérapeute, contrôle à 3 mois et retour vers le médecin si la douleur persiste.

Questions fréquentes

Vos questions sur la LODA

Qu’est-ce qu’une LODA ?
LODA veut dire lésion ostéochondrale du dôme astragalien. C’est une lésion localisée du cartilage et de l’os situé juste en dessous, sur le dôme du talus, l’os de la cheville qui s’articule avec le tibia. Elle suit souvent une entorse ou un traumatisme de la cheville, mais peut aussi apparaître sans traumatisme net.
Comment sait-on qu’une douleur de cheville est une LODA ?
On y pense devant une douleur profonde de la cheville, à l’effort, qui persiste plusieurs semaines après une entorse, parfois avec un gonflement ou des accrochages. La radiographie peut être normale : le diagnostic repose sur l’IRM, et le scanner ou l’arthroscanner précise l’atteinte de l’os. C’est le médecin qui prescrit et interprète ces examens.
Une LODA peut-elle guérir sans chirurgie ?
Parfois. En regroupant 868 patients, une revue de 2023 retrouve un bon résultat du traitement non chirurgical dans 45 % des cas en moyenne. Les lésions peu douloureuses évoluent souvent bien : dans une étude suisse, 86 % des patients avaient peu ou pas de douleur après 4 ans en moyenne, sans aggravation à l’IRM. Les lésions profondes, avec kyste ou douleur persistante, relèvent plus souvent de la chirurgie.
Les semelles peuvent-elles aider une LODA ?
Elles peuvent aider, sans preuve directe à ce jour. Aucun essai n’a testé les semelles dans la LODA. Mais les lésions du versant interne sont associées à un arrière-pied en varus, et modifier l’alignement de l’arrière-pied déplace la charge dans la cheville : c’est la logique des ostéotomies. La semelle agit beaucoup moins qu’une chirurgie, mais va dans le même sens, à condition de respecter la stabilité de la cheville.
Peut-on continuer le sport avec une LODA ?
Souvent, en l’adaptant. Les sports d’impact, la course et les sauts sont réduits tant que la cheville réagit ; le vélo et la natation sont généralement mieux tolérés. La reprise se fait progressivement, guidée par la douleur et le gonflement le lendemain de l’effort, en lien avec le médecin.
Une LODA évolue-t-elle vers l’arthrose ?
Pas forcément. Dans la revue de 2023 sur le traitement non chirurgical, une aggravation de l’arthrose de la cheville n’était observée que chez environ 9 % des patients, et la lésion restait stable à l’IRM dans la grande majorité des cas. Le risque existe surtout pour les lésions larges et profondes.
Quel est le lien entre LODA et entorse de la cheville ?
Il est fréquent : chez des sportifs passés à l’IRM dans les 10 jours suivant une entorse, 14 % avaient une lésion du cartilage, le plus souvent sur le talus. Une entorse qui reste douloureuse en profondeur après six semaines mérite donc d’être réévaluée par le médecin.

Nos sources

  • Laffenêtre O. Osteochondral lesions of the talus: current concept. Orthop Traumatol Surg Res, 2010;96(5):554-566. PubMed
  • Mintz DN, et al. Osteochondral lesions of the talus: a new magnetic resonance grading system with arthroscopic correlation. Arthroscopy, 2003;19(4):353-359. PubMed
  • Raikin SM, et al. Osteochondral lesions of the talus: localization and morphologic data from 424 patients using a novel anatomical grid scheme. Foot Ankle Int, 2007;28(2):154-161. PubMed
  • Baltes TPA, et al. The prevalence, size, and anatomic location of cartilage and osteochondral lesions in athletes with an acute ligamentous ankle injury. Am J Sports Med, 2025;53(9):2173-2180. PubMed
  • Choi WJ, et al. Osteochondral lesion of the talus: is there a critical defect size for poor outcome? Am J Sports Med, 2009;37(10):1974-1980. PubMed
  • Ramponi L, et al. Lesion size is a predictor of clinical outcomes after bone marrow stimulation for osteochondral lesions of the talus: a systematic review. Am J Sports Med, 2017;45(7):1698-1705. PubMed
  • Buck TMF, et al. Non-operative management for osteochondral lesions of the talus: a systematic review of treatment modalities, clinical- and radiological outcomes. Knee Surg Sports Traumatol Arthrosc, 2023;31(8):3517-3527. PubMed
  • Klammer G, et al. Natural history of nonoperatively treated osteochondral lesions of the talus. Foot Ankle Int, 2015;36(1):24-31. PubMed
  • Weigelt L, et al. Long-term prognosis after successful nonoperative treatment of osteochondral lesions of the talus: an observational 14-year follow-up study. Orthop J Sports Med, 2020;8(6):2325967120924183. PubMed
  • Mei-Dan O, et al. Platelet-rich plasma or hyaluronate in the management of osteochondral lesions of the talus. Am J Sports Med, 2012;40(3):534-541. PubMed
  • Tol JL, et al. Treatment strategies in osteochondral defects of the talar dome: a systematic review. Foot Ankle Int, 2000;21(2):119-126. PubMed
  • Cao Y, et al. Coronal plane alignment abnormalities in medial/lateral osteochondral lesions of the talus. Int J Sports Med, 2026;47(11):854-858. PubMed
  • Flury A, et al. The unloading effect of supramalleolar versus sliding calcaneal osteotomy for treatment of osteochondral lesions of the medial talus: a biomechanical study. Orthop J Sports Med, 2023;11(10):23259671231176295. PubMed

Une cheville qui reste douloureuse après une entorse ?

Apportez votre imagerie. Nous situons la lésion, examinons l’alignement et l’équilibre de votre cheville, et vous proposons des semelles adaptées au versant atteint, en lien avec votre médecin.

Cette page informe sur les lésions ostéochondrales du talus et ne remplace pas une consultation. Le diagnostic et la décision chirurgicale relèvent du médecin. Une cheville qui se bloque, ne supporte pas l’appui après un traumatisme ou reste gonflée doit être vue par un médecin. Les résultats cités sont ceux des études référencées ; ils ne constituent pas une garantie individuelle.