Rachis · Podologue à Bron, près de Lyon

Syndrome du pyramidal (piriforme) : les signes, les causes, le rôle du podologue

Une douleur au fond de la fesse, qui descend parfois derrière la cuisse et s’aggrave quand vous restez assis ? Voici les signes qui orientent vers un syndrome du pyramidal, ce qui doit faire consulter un médecin, ce que disent vraiment les études, et dans quels cas un bilan podologique a du sens.

  • En complément du médecin et du kinésithérapeute
  • Analyse de la marche et de la course
  • Aucune semelle automatique
Comprendre

Un nerf gêné dans la fesse, pas dans le dos

Le piriforme, aussi appelé muscle pyramidal, est un petit muscle profond de la fesse. Il part du sacrum, au bas de la colonne, et rejoint le haut du fémur ; il fait surtout tourner la cuisse vers l’extérieur. Le nerf sciatique passe juste en dessous de lui avant de descendre derrière la cuisse.

Quand ce muscle est contracturé, épaissi ou irrité, il peut gêner le nerf et donner une douleur qui ressemble à une sciatique, d’où son autre nom de pseudo-sciatique. Il fait partie d’un ensemble plus large, le syndrome douloureux glutéal profond : une souffrance du nerf sciatique dans la fesse, sans cause discale (Kizaki 2020).

Sa fréquence reste discutée, faute de critères de diagnostic admis par tous : autour de 5 à 6 % des douleurs du bas du dos, de la fesse et de la jambe selon les séries (Lo 2024). Il est un peu plus fréquent chez la femme (117 femmes pour 95 hommes dans une revue de 212 cas publiés, Monteleone 2025).

Les 4 signes

Comment le reconnaître ?

Deux revues systématiques retrouvent toujours les mêmes quatre signes chez les patients décrits avec un syndrome du pyramidal (Hopayian 2010 et 2018). Aucun test ne suffit seul à poser le diagnostic.

Douleur de la fesse

Profonde, d’un seul côté le plus souvent, qui peut descendre derrière la cuisse.

Pire en position assise

Difficile de rester assis une demi-heure ; on se soulage en se levant et en marchant.

Point douloureux

À la pression au milieu de la fesse, près de l’échancrure par laquelle sort le nerf.

Douleur à l’étirement

Quand on plie la hanche en ramenant le genou vers l’autre épaule, ou contre résistance (signe de Pace).

Une jambe tendue douloureuse n’exclut rien. On lit souvent qu’un signe de Lasègue négatif distingue le syndrome du pyramidal d’une sciatique discale. C’est faux : une élévation limitée de la jambe tendue fait partie des signes fréquents du syndrome, et un Lasègue positif ne l’écarte pas (Hopayian 2018). L’examen neurologique et l’imagerie restent nécessaires.

Quand s’inquiéter

Le médecin d’abord

Le syndrome du pyramidal est un diagnostic d’élimination : on le retient après avoir écarté une hernie discale ou un rétrécissement du canal lombaire, souvent par une IRM. Le podologue n’intervient qu’en complément, une fois ce diagnostic posé, et en lien avec le médecin.

Ne pas confondre avec : une hernie discale (douleur aggravée par la toux, examen neurologique parfois anormal) ; une tendinopathie du moyen fessier (douleur sur le côté de la hanche) ; une arthrose de hanche (douleur de l’aine, raideur) ; une atteinte du tendon des ischio-jambiers (douleur à la pointe de la fesse, sur une chaise dure).

L’idée reçue

« Mon nerf traverse le muscle, c’est pour ça que j’ai mal »

Ce qu’on croit

Le syndrome du pyramidal viendrait d’une anomalie de naissance : un nerf qui passe à travers le muscle au lieu de passer dessous.

Ce que montrent les études

Le nerf traverse ou contourne le muscle chez environ 1 personne sur 6, et pas plus souvent chez les patients qui ont un syndrome du pyramidal que chez les autres (Smoll 2010, Lo 2024). Cette variante n’explique donc pas, à elle seule, la douleur.

La plupart des cas sont attribués à une souffrance du muscle lui-même, après un choc, une surcharge ou une position prolongée. C’est là que la façon de marcher et de courir peut compter.

Pieds et jambes

Trois profils qui peuvent surcharger le piriforme

Le piriforme contrôle la rotation de la cuisse à chaque appui. Tout ce qui modifie cette rotation modifie son travail. Ce sont des pistes biomécaniques, à vérifier au bilan : aucune étude n’a mesuré directement le piriforme avec et sans semelles.

Le pied qui s’affaisse

Quand l’arrière-pied bascule vers l’intérieur, la jambe et la cuisse tournent vers l’intérieur : c’est mesuré à la marche (Resende 2015). Le piriforme, qui freine cette rotation, travaille alors davantage à chaque pas.

Le pied creux

À l’inverse, le pied creux s’accompagne souvent d’une jambe tournée vers l’extérieur, et les muscles de la hanche y travaillent plus fort à la marche (Sadler 2020). Le piriforme reste alors en position raccourcie.

La jambe plus courte

Une vraie inégalité de longueur fait basculer le bassin et dissymétrise le travail des deux hanches. Elle est décrite parmi les signes associés du syndrome (Barton 1991), plus rarement comme sa cause (Popovac 2012).

Et en course à pied ? Dans un modèle de 30 coureurs, faire des pas plus courts et plus nombreux (cadence augmentée de 10 %, à la même vitesse) réduisait nettement la charge du piriforme et des fessiers au moment de l’appui (Lenhart 2014). C’est un des réglages que nous testons lors d’une analyse de la foulée.

Le bilan

Quatre étapes, après le diagnostic médical

Le bilan cherche à savoir si un facteur mécanique entretient la douleur, et lequel. Apportez vos comptes rendus et votre imagerie (IRM, radiographies), et vos chaussures habituelles, de ville et de sport.

  1. Comprendre votre douleur

    Trajet de la douleur, ancienneté, positions qui l’aggravent (assis, en voiture, à vélo), sport pratiqué, bilan médical déjà fait. Si aucune cause discale n’a été écartée, nous vous orientons d’abord vers votre médecin.

  2. Examiner la hanche et le piriforme

    Mobilité de la hanche, point douloureux de la fesse, tests de mise en tension du muscle. Ces tests orientent, ils ne prouvent pas : leur fiabilité n’est pas établie.

  3. Analyser la marche et la course

    Rotation de la jambe, angle du pas, arrière-pied qui s’affaisse ou pied creux, répartition des pressions sous chaque pied sur plateforme. Pour les coureurs, analyse vidéo de la foulée et de la cadence.

  4. Vérifier la longueur des jambes

    Si une inégalité est suspectée : mesure, essai de cales, et recherche de la hauteur utile par le test de Bassani (test des pouces montants), qui lit la compensation du corps à travers le tonus des muscles du dos.

Les solutions

La kinésithérapie d’abord, la semelle si elle a une raison d’être

  • La kinésithérapie est le premier traitement recommandé : étirements du piriforme, renforcement des muscles de la hanche, reprise progressive de l’activité (Hopayian 2023).
  • Des semelles orthopédiques sur mesure, seulement si le bilan retrouve un profil en cause : contrôle de l’arrière-pied et soutien de la voûte pour un pied qui s’affaisse, appui latéral et amorti pour un pied creux. Leur but est de modifier la charge sur le muscle, pas de « soigner » le nerf.
  • Si la jambe est vraiment plus courte : la compensation est intégrée dans les semelles, à la hauteur trouvée au test de Bassani, souvent inférieure à l’écart mesuré : aucune étude ne fixe de règle sur la hauteur à compenser (Campbell 2018). Jamais de talonnette seule.
  • Pour les coureurs : réglage de la foulée et de la cadence, choix de chaussures.
  • Au quotidien : pauses régulières quand vous êtes assis, portefeuille hors de la poche arrière, siège adapté en voiture.
  • Un suivi à 6 semaines par e-mail, avec un questionnaire sur la douleur et le confort. Nous vous revoyons au cabinet si vos réponses montrent qu’un ajustement est utile, si un doute existait dès le bilan, ou si vous souhaitez une vérification.
  • Si la douleur persiste malgré plusieurs mois de traitement bien conduit, une infiltration, voire une chirurgie, se discute avec le médecin.
Les études

Ce qui est établi, et ce qui ne l’est pas

Établi

Le syndrome se définit par quatre signes (Hopayian 2018). La variante du nerf qui traverse le muscle n’est pas plus fréquente chez les malades (Smoll 2010). Les semelles modifient la rotation de la hanche et le travail des fessiers : chez 19 coureurs au pied qui s’affaisse, un coin interne réduisait la rotation et l’adduction de hanche (Braga 2019) ; d’autres études retrouvent moins d’adduction de hanche (Lack 2014) et moins d’activité des petit et moyen fessiers (Semciw 2021).

Pas établi

Aucun essai n’a testé de semelles dans le syndrome du pyramidal, et aucune étude n’a mesuré le piriforme avec et sans semelles. Les traitements étudiés (kinésithérapie, infiltrations) reposent eux-mêmes sur des preuves de faible qualité (Hopayian 2023). Les études sur les semelles portent sur des personnes sans douleur ou sur d’autres pathologies.

Notre lecture : la semelle n’est pas un traitement du syndrome du pyramidal. C’est un moyen de modifier la charge sur le muscle, à réserver aux patients chez qui le bilan retrouve un profil de rotation ou une inégalité de longueur, en complément de la kinésithérapie, et à garder seulement si elle soulage.

Questions fréquentes

Vos questions sur le syndrome du pyramidal

Comment distinguer un syndrome du pyramidal d’une sciatique discale ?
Dans le syndrome du pyramidal, la douleur part de la fesse, s’aggrave en position assise et à la pression du milieu de la fesse. Dans la sciatique discale, elle part plus souvent du bas du dos et augmente à la toux. Mais les deux se ressemblent, et un signe de Lasègue positif n’écarte pas le syndrome du pyramidal : le diagnostic reste médical, l’imagerie aidant à écarter une hernie.
Pourquoi la douleur est-elle pire en position assise ?
Assis, la hanche pliée met le piriforme en tension au contact du nerf sciatique, et le poids du corps appuie sur la fesse. Difficile de rester assis plus d’une demi-heure est l’un des quatre signes du syndrome. La douleur se calme le plus souvent en se levant et en marchant.
J’ai les pieds plats : est-ce pour cela que j’ai mal à la fesse ?
C’est possible, sans être prouvé. Quand l’arrière-pied s’affaisse, la jambe et la cuisse tournent vers l’intérieur à chaque pas, et le piriforme travaille davantage pour freiner ce mouvement. Le bilan vérifie si ce profil existe chez vous et s’il est assez marqué pour justifier une semelle. Beaucoup de personnes aux pieds plats n’ont jamais mal.
Un pied creux peut-il aussi favoriser un syndrome du pyramidal ?
C’est une piste. Le pied creux s’accompagne souvent d’une jambe tournée vers l’extérieur, position où le piriforme reste raccourci, et les muscles de la hanche y travaillent plus fort à la marche. La semelle proposée sera alors très différente de celle d’un pied plat, d’où l’intérêt du bilan avant toute semelle.
Les semelles peuvent-elles soulager un syndrome du pyramidal ?
Aucun essai ne l’a testé. Les semelles modifient la rotation de la hanche et le travail des fessiers, ce qui rend leur effet plausible quand le bilan retrouve un pied qui s’affaisse, un pied creux ou une jambe plus courte. Nous les proposons dans ces cas seulement, en complément de la kinésithérapie, et vous les gardez seulement si elles vous soulagent.
Faut-il une IRM avant de consulter le podologue ?
Elle n’est pas obligatoire pour le bilan podologique, mais le diagnostic de syndrome du pyramidal suppose d’avoir écarté une cause discale, ce qui passe souvent par une IRM prescrite par le médecin. Apportez le compte rendu si vous en avez un.
Combien coûte le bilan, et est-il remboursé ?
Le bilan podologique coûte 70 euros, 80 euros avec analyse de la foulée, non remboursés par l’Assurance maladie ; il est compris dans le prix des semelles si elles sont réalisées. Les semelles coûtent de 185 à 200 euros la paire et sont remboursées au plus 17,31 euros, sur prescription de votre médecin ou du pédicure-podologue lui-même. Beaucoup de mutuelles prévoient un forfait podologie.

Nos sources

  • Hopayian K, et al. The clinical features of the piriformis syndrome: a systematic review. Eur Spine J, 2010;19(12):2095-2109. PubMed
  • Hopayian K, Danielyan A. Four symptoms define the piriformis syndrome: an updated systematic review of its clinical features. Eur J Orthop Surg Traumatol, 2018;28(2):155-164. PubMed
  • Kizaki K, et al. Deep gluteal syndrome is defined as a non-discogenic sciatic nerve disorder with entrapment in the deep gluteal space: a systematic review. Knee Surg Sports Traumatol Arthrosc, 2020;28(10):3354-3364. PubMed
  • Lo JK, Robinson LR. Piriformis syndrome. Handb Clin Neurol, 2024;201:203-226. PubMed
  • Monteleone G, et al. Piriformis syndrome: a systematic review of case reports. BMC Surg, 2025;25(1):468. PubMed
  • Smoll NR. Variations of the piriformis and sciatic nerve with clinical consequence: a review. Clin Anat, 2010;23(1):8-17. PubMed
  • Siddiq MA, et al. Piriformis syndrome: a case series of 31 Bangladeshi people with literature review. Eur J Orthop Surg Traumatol, 2017;27(2):193-203. PubMed
  • Barton PM. Piriformis syndrome: a rational approach to management. Pain, 1991;47(3):345-352. PubMed
  • Popovac H, et al. Leg length discrepancy as a rare cause of a piriformis syndrome. J Back Musculoskelet Rehabil, 2012;25(4):299-300. PubMed
  • Hopayian K, et al. A systematic review of conservative and surgical treatments for deep gluteal syndrome. J Bodyw Mov Ther, 2023;36:244-250. PubMed
  • Resende RA, et al. Increased unilateral foot pronation affects lower limbs and pelvic biomechanics during walking. Gait Posture, 2015;41(2):395-401. PubMed
  • Sadler S, et al. An exploratory study investigating the effect of foot type and foot orthoses on gluteus medius muscle activity. BMC Musculoskelet Disord, 2020;21(1):655. PubMed
  • Braga UM, et al. Effects of medially wedged insoles on the biomechanics of the lower limbs of runners with excessive foot pronation and foot varus alignment. Gait Posture, 2019;74:242-249. PubMed
  • Lack S, et al. The immediate effects of foot orthoses on hip and knee kinematics and muscle activity during a functional step-up task in individuals with patellofemoral pain. Clin Biomech, 2014;29(9):1056-1062. PubMed
  • Semciw AI, et al. The immediate effect of foot orthoses on gluteal and lower limb muscle activity during overground walking in healthy young adults. Gait Posture, 2021;89:102-108. PubMed
  • Lenhart R, et al. Hip muscle loads during running at various step rates. J Orthop Sports Phys Ther, 2014;44(10):766-774. PubMed
  • Campbell TM, et al. Shoe lifts for leg length discrepancy in adults with common painful musculoskeletal conditions: a systematic review of the literature. Arch Phys Med Rehabil, 2018;99(5):981-993. PubMed

Une douleur de fesse qui revient ?

Une fois la cause discale écartée par votre médecin, nous recherchons ce qui peut surcharger le piriforme dans votre façon de marcher ou de courir, et ne proposons des semelles que si le bilan le justifie.

Cette page informe sur le syndrome du pyramidal et ne remplace pas une consultation médicale. Des troubles urinaires ou des selles, une insensibilité entre les cuisses ou une faiblesse qui s’aggrave dans la jambe imposent une consultation en urgence. Les résultats cités sont ceux des études référencées ; ils ne constituent pas une garantie individuelle.