Rachis · Podologue à Bron, près de Lyon

Bascule du bassin : faut-il vraiment une talonnette ?

Une hanche plus haute, une jambe qui paraît plus courte, un mal de dos toujours du même côté ? Voici ce qu'est une bascule du bassin, pourquoi elle est souvent sans conséquence, et comment nous décidons, mesures à l'appui, s'il faut la compenser.

  • Mesures sur plateforme de posturographie
  • Aucune compensation automatique
  • Sans ordonnance
Comprendre

Un bassin qui penche, tourne ou bascule

On parle de bascule quand une épine iliaque est plus haute, plus avancée ou plus tournée que l'autre. Elle s'observe dans trois plans : de face, une hanche est plus haute (la forme la plus visible) ; de profil, le bassin part vers l'avant ou vers l'arrière ; vu du dessus, un côté est plus avancé.

Bascule fonctionnelle

Le bassin est normal, mais des tensions musculaires, une posture habituelle ou un geste sportif répété le déséquilibrent. Elle varie selon la position et répond bien à la kinésithérapie.

Bascule structurelle

La cause est anatomique et fixe : vraie inégalité de longueur osseuse, scoliose, séquelle de fracture, prothèse de hanche. La rééducation ne la corrige pas ; une compensation peut se discuter si le bilan la justifie.

D'où vient la bascule : d'en haut, d'en bas, ou des deux ?

Origine basse

La bascule vient des jambes : une vraie inégalité de longueur, ou une asymétrie de rotation d'un seul côté (hanche, genou ou pied qui tourne). C'est là qu'une compensation podologique peut se discuter.

Origine haute

Le bassin s'adapte à un problème situé au-dessus, comme une scoliose. Compenser sous le pied ne traite pas la cause : on traite d'abord ce qui vient du dos.

Origine mixte

Une bascule d'origine basse dont une partie compense déjà un trouble situé au-dessus. Ce sont les cas les plus délicats : on hiérarchise les causes et on teste une correction partielle.

Distinguer ces trois origines est le cœur du bilan : une même hanche plus haute peut demander une compensation, une rééducation, ou rien du tout.

Les causes

Les causes les plus fréquentes

  • Inégalité de longueur des jambes, la cause la plus fréquente : vraie (différence osseuse) ou apparente (compensation musculaire). Seule une inégalité vraie peut justifier une compensation.
  • Scoliose, surtout dans ses formes lombaires : voir la scoliose de l'enfant.
  • Hanche : arthrose, dysplasie, prothèse.
  • Trouble d'un seul pied : pied qui s'affaisse ou pied creux d'un côté, qui modifie la hauteur de la jambe.
  • Séquelles : fracture, chirurgie, entorse de cheville mal rééduquée.
  • Habitudes et sport : sports asymétriques (tennis, golf, escrime), position assise prolongée, jambes toujours croisées du même côté.
  • Après une grossesse : le relâchement ligamentaire peut laisser une asymétrie.
Le piège

« Votre bassin est de travers, on vous met une talonnette »

C'est l'erreur la plus fréquente. Une revue de la littérature sur l'inégalité de longueur des jambes le rappelle : un écart de moins de 6 mm est considéré comme normal, les paramètres d'équilibre debout peuvent être perturbés dès 6 mm, et le retentissement clinique devient net au-delà de 10 mm. La talonnette n'y est pas une recette miracle : elle peut augmenter les contraintes du côté compensé (Pommerol 2003).

Une méta-analyse de 2025 va dans le même sens : l'inégalité de longueur n'est pas plus fréquente chez les lombalgiques que chez les autres, même si le bassin y est un peu plus incliné (Sugavanam 2025).

Une bascule ancienne est souvent déjà compensée par le corps. Ajouter une talonnette sans bilan peut alors déplacer le déséquilibre vers la nuque ou les épaules.

Et toutes les « jambes courtes » ne le sont pas. Une hanche, un genou ou un pied qui tourne d'un seul côté peut faire paraître une jambe plus courte alors que les os ont la même longueur. Nous corrigeons cette asymétrie de rotation avant de conclure à une vraie inégalité, puis nous réévaluons.

Le bilan

Cinq étapes avant toute compensation

Ce bilan du rachis a été construit avec une experte du Centre des Massues, à Lyon, et sur ses recommandations. Il dure une heure. Chaque mesure est faite sans, puis avec compensation.

  1. Relier la bascule à la douleur

    Palpation (paravertébraux, sacro-iliaques, carré des lombes, piriforme), tests sacro-iliaques et lombaires, examen neurologique simple pour écarter une atteinte d'un nerf. S'il y a une douleur, c'est elle qui guide la suite.

  2. Le profil d'abord, puis la face

    Le profil du dos et du bassin (classification de Roussouly), puis la verticale de Barré de dos : un fil à plomb tendu depuis la 7e vertèbre cervicale. Si elle dévie, elle indique le côté où il ne faut pas rehausser.

  3. Trouver l'origine : haute, basse ou mixte

    Le test de flexion debout, puis assis : une asymétrie qui persiste assis oriente vers une origine haute, une asymétrie qui disparaît assis vers une origine basse. Repères osseux comparés à l'avant et à l'arrière du bassin : au même niveau, une vraie inégalité est probable ; décalés, une rotation est en cause. L'inégalité est mesurée avec des cales sous le pied, une méthode valide par rapport à la radiographie, alors que la comparaison des chevilles en position allongée n'est que moyennement concordante (Gomez-Aguilar 2021).

  4. Mesurer la répercussion posturale

    Équilibre sur plateforme de posturographie normée et répartition des appuis sous chaque pied, sans puis avec les cales.

  5. Trouver la hauteur avec le test de Bassani

    Le test de Bassani (test des pouces montants) : des cales de hauteur croissante sous le talon de la jambe courte, jusqu'à celle qui normalise le tonus des muscles spinaux. Contrôle ensuite sur la plateforme et avec le test de Fukuda (marche sur place les yeux fermés).

Pourquoi le test de Bassani ? Aucune étude ne fixe de règle sur la hauteur à compenser : une revue conclut qu'il reste à définir à partir de quel écart corriger, et comment (Campbell 2018). Nous partons donc de la compensation que le corps a déjà mise en place. Les muscles spinaux, de part et d'autre de la colonne, sont des muscles antigravitaires qu'on ne peut pas contracter volontairement : leur tonus traduit fidèlement ce que fait le système nerveux pour tenir la posture. La bonne hauteur est celle qui le normalise, souvent inférieure à l'écart mesuré.

Les solutions

Compenser, rééduquer, ou surveiller

  • Kinésithérapie pour les bascules fonctionnelles : rééquilibrage musculaire, étirements, renforcement. Souvent à privilégier sur une compensation passive.
  • Semelles orthopédiques avec compensation intégrée pour une inégalité vraie, quand le bilan la valide : la hauteur est celle du test de Bassani, pas une règle fixe (la moitié ou le tiers de l'écart, comme on l'enseignait dans les années 1980), et l'on compense rarement 100 % de l'écart. Les semelles agissent aussi sur les autres facteurs relevés au bilan. Jamais de talonnette seule.
  • Un suivi à 6 semaines par e-mail, avec un questionnaire sur la douleur, le confort et l'épaisseur. Nous vous revoyons au cabinet si vos réponses montrent qu'un ajustement est utile, si un doute existait dès le bilan, ou si vous souhaitez une vérification.
  • Une rehausse sous la chaussure peut compléter, dans certains cas, ce que la semelle ne peut pas loger seule.
  • Surveillance si le bilan ne confirme pas l'indication : un contrôle tous les 6 à 12 mois.
Les études

La talonnette : des preuves favorables, mais à nuancer

Chez les lombalgiques avec une jambe plus courte

Dans un essai de 33 patients ayant une inégalité de 10 mm ou moins, la compensation réduisait la douleur et le handicap (Defrin 2005). Une revue conclut à des preuves favorables mais de faible qualité pour les talonnettes (Campbell 2018).

Une étude souvent citée, à lire avec prudence

Chez 80 lombalgiques, une talonnette personnalisée s'accompagnait d'une forte baisse de la douleur et d'une meilleure posture mesurée en 3D (D'Amico 2022). Mais l'étude n'a pas de groupe témoin et compensait 100 % de l'écart, ce que nous faisons rarement.

Ces résultats confirment notre démarche : la compensation aide des patients bien sélectionnés, d'où l'importance de mesurer avant de compenser. Mais aucune étude ne dit quelle hauteur poser (Campbell 2018) : c'est le test de Bassani qui la fixe, et elle est intégrée dans des semelles.

Questions fréquentes

Vos questions sur la bascule du bassin

Une bascule du bassin est-elle toujours douloureuse ?
Non. Beaucoup de personnes ont une bascule sans aucune douleur, parce que leur corps l'a compensée. Une petite inégalité de longueur des jambes est d'ailleurs aussi fréquente chez les personnes qui n'ont pas mal au dos que chez les lombalgiques.
Faut-il toujours mettre une talonnette ?
Non. Un écart de moins de 6 mm est considéré comme normal. Nous ne compensons que si la bascule vient d'une vraie inégalité de longueur et qu'elle a une répercussion posturale mesurable. La hauteur est celle qui normalise le tonus des muscles spinaux au test de Bassani, sans dégrader l'alignement de la tête, et la compensation est intégrée dans des semelles orthopédiques : jamais de talonnette seule.
Bascule fonctionnelle ou structurelle, quelle différence ?
La bascule fonctionnelle vient d'un déséquilibre musculaire ou postural : elle varie selon la position et répond à la rééducation. La bascule structurelle vient d'une cause fixe, comme une vraie inégalité de longueur osseuse, une scoliose ou une séquelle de fracture. Les distinguer est la première étape du bilan.
Une talonnette est-elle efficace ?
Chez des patients bien sélectionnés, plutôt oui : dans un essai, la compensation d'une inégalité de 10 mm ou moins réduisait la douleur et le handicap de lombalgiques, et une revue juge les preuves favorables mais de faible qualité. La talonnette n'est pas une recette miracle : mal indiquée, elle peut augmenter les contraintes du côté compensé. Au cabinet, la compensation est toujours intégrée dans des semelles orthopédiques.
Comment savoir si ma jambe est vraiment plus courte ?
En la mesurant, et en vérifiant qu'il ne s'agit pas d'une fausse inégalité. Une hanche, un genou ou un pied qui tourne d'un seul côté peut faire paraître une jambe plus courte. Au bilan, l'écart est mesuré avec des cales sous le pied, une méthode valide par rapport à la radiographie, et les repères du bassin sont comparés à l'avant et à l'arrière.
Faut-il une radiographie ?
Pas systématiquement. L'examen clinique suffit souvent. L'imagerie, prescrite par le médecin, sert à mesurer précisément une inégalité de longueur ou à explorer une cause comme une scoliose ou une pathologie de hanche.
Combien de temps dure le bilan et combien coûte-t-il ?
Le bilan dure une heure et coûte 70 euros ; il n'est pas remboursé par l'Assurance maladie. Les semelles sont remboursées au plus 17,31 euros sur prescription, et beaucoup de mutuelles prévoient un forfait podologie.

Nos sources

  • Pommerol P, Chèze L, Carret J-P. Étude bibliographique sur l'inégalité de longueur des membres inférieurs. Kinésithérapie Scientifique, 2003;(432):31-37.
  • Sugavanam T, et al. Postural asymmetry in low back pain: a systematic review and meta-analysis of observational studies. Disabil Rehabil, 2025;47(7):1659-1676. PubMed
  • Defrin R, et al. Conservative correction of leg-length discrepancies of 10mm or less for the relief of chronic low back pain. Arch Phys Med Rehabil, 2005;86(11):2075-2080. PubMed
  • Campbell TM, et al. Shoe lifts for leg length discrepancy in adults with common painful musculoskeletal conditions: a systematic review of the literature. Arch Phys Med Rehabil, 2018;99(5):981-993. PubMed
  • D'Amico M, Kinel E, Roncoletta P. Leg length discrepancy and nonspecific low back pain: 3-D stereophotogrammetric quantitative posture evaluation confirms positive effects of customized heel-lift orthotics. Front Bioeng Biotechnol, 2022;9:743132. PubMed
  • Friberg O. Clinical symptoms and biomechanics of lumbar spine and hip joint in leg length inequality. Spine, 1983;8(6):643-651. PubMed
  • Roussouly P, et al. Classification of the normal variation in the sagittal alignment of the human lumbar spine and pelvis in the standing position. Spine, 2005;30(3):346-353. PubMed
  • Gomez-Aguilar E, et al. Validity of clinical methods in the detection of leg-length discrepancies. Hip Int, 2021;31(2):186-190. PubMed
  • Fukuda T. The stepping test: two phases of the labyrinthine reflex. Acta Otolaryngol, 1959;50(2):95-108. PubMed

Bassin de travers, jambe plus courte ?

Nous mesurons votre bascule, vérifions si elle retentit sur votre posture et testons l'effet d'une compensation avant de la proposer. Pas de compensation automatique.

Cette page informe sur la bascule du bassin et ne remplace pas une consultation. Une douleur qui descend dans la jambe avec faiblesse ou fourmillements, ou une douleur nocturne, doit être vue par un médecin. Les résultats cités sont ceux des études référencées ; ils ne constituent pas une garantie individuelle.