Comment prévenir les chutes chez la personne âgée ?
Il n’y a pas une solution miracle, mais des leviers à combiner. Le mieux prouvé : bouger. Voici les leviers qui comptent — et la place réelle du pied, de l’équilibre et des semelles.
tombe chaque année
(108 essais)
en charge podologique complète
Agir sur plusieurs leviers à la fois — l’exercice en tête.
On ne prévient pas les chutes avec une seule mesure : c’est la combinaison qui marche. Le levier le mieux démontré est l’activité physique ciblée (renforcement + équilibre). S’y ajoutent la vue, la révision des médicaments, la sécurisation du domicile, un chaussage stable et le soin des pieds. Le pied et l’équilibre s’évaluent (bilan EQUILIBR’AGE, posturographie) et se travaillent. Aucune mesure isolée ne suffit.
La chute n’a jamais une seule cause
Chaque année, environ une personne sur trois de plus de 65 ans vivant à domicile fait une chute. Selon Santé publique France, la chute est la première cause d’accident de la vie courante après 65 ans, et une cause majeure de perte d’autonomie. Mais elle résulte presque toujours de plusieurs facteurs qui s’additionnent : la baisse de force et d’équilibre, une vue qui diminue, certains médicaments, un logement mal adapté, un mauvais chaussage, des douleurs ou des déformations du pied.
Bonne nouvelle : la plupart de ces facteurs sont modifiables. Tomber n’est pas une fatalité de l’âge. La stratégie qui fonctionne consiste à repérer les leviers déficitaires chez chaque personne, puis à agir dessus — d’où l’intérêt d’une évaluation structurée.
6 leviers pour réduire le risque
Bouger (force + équilibre)
Le levier le mieux prouvé : −23 % de chutes en moyenne, et −34 % quand on associe exercices d’équilibre et renforcement (revue Cochrane, 108 essais, certitude élevée). Le tai-chi fait aussi baisser le nombre de chuteurs.
La vue
Opérer une cataracte du premier œil a réduit les chutes d’un tiers dans un essai. Prudence en revanche : dans un autre essai, un programme de correction de la vue a augmenté les chutes, probablement le temps de s’adapter aux nouvelles lunettes. Les verres progressifs gênent à l’extérieur : des verres simples ont réduit les chutes chez les personnes actives dehors.
Les médicaments
Avec le médecin : dans un essai, l’arrêt progressif des somnifères et anxiolytiques a réduit les chutes de 66 %. Revoir aussi les associations nombreuses qui réduisent la vigilance ou l’équilibre.
Le domicile
Supprimer les obstacles, bien éclairer, installer barres d’appui et bandes antidérapantes : −38 % de chutes chez les personnes à risque (déjà tombées, récemment hospitalisées ou aidées au quotidien), sans effet démontré chez les autres.
Le chaussage
Des chaussures stables : talon bas, semelle large et antidérapante, bon maintien. Éviter les chaussons trop souples. Par temps de verglas, un dispositif antidérapant à enfiler sur la chaussure a réduit les chutes de plus de moitié dans un essai.
Les pieds & l’équilibre
Soigner douleurs et déformations, évaluer l’équilibre et la marche : c’est le rôle du podologue.
Pourquoi le pied compte — et ce qu’une semelle peut (vraiment) apporter
Le pied est l’un des capteurs de l’équilibre : il informe en permanence le cerveau sur les appuis. Une douleur, une déformation ou une perte de sensibilité modifient la marche et fragilisent la stabilité. Soigner le pied et adapter le chaussage, c’est donc agir sur un vrai facteur de chute.
Et les semelles ? Une semelle ne « rééquilibre » pas à elle seule et n’empêche pas de tomber. Mais lorsqu’elle agit sur l’appui plantaire, son effet sur l’équilibre peut être réel — alors plutôt que de le promettre, nous le mesurons sur notre plateforme de stabilométrie, au cas par cas. Les études vont dans ce sens : chez la personne âgée, une méta-analyse de 18 études (2026) montre que les semelles qui stimulent la plante du pied réduisent les oscillations debout et améliorent le test « se lever, marcher, revenir » (Timed Up and Go) d’un peu plus d’une seconde, surtout quand elles intègrent un soutien de voûte. Leur effet sur la marche n’est pas démontré. → Les semelles améliorent-elles l’équilibre ?
Ce que dit la science
Le levier le mieux démontré pour réduire les chutes est l’exercice ciblé : −23 % de chutes dans la revue Cochrane de 108 essais (23 407 participants, certitude élevée). Les programmes multifactoriels (évaluation individuelle puis action sur les facteurs repérés, comme le recommande la HAS) réduisent aussi le nombre de chutes, d’environ 23 %, mais avec une preuve de faible qualité ; ils ne réduisent pas nettement le nombre de personnes qui tombent.
Côté pied : une prise en charge podologique complète (semelles orthopédiques, conseils et aide au chaussage, exercices pied-cheville) a réduit les chutes de 36 % chez 305 personnes âgées souffrant de douleurs de pied invalidantes, avec un meilleur équilibre mesuré (Spink, Menz et coll., BMJ, 2011). Le grand essai REFORM (1 010 personnes, Angleterre et Irlande) a retrouvé une baisse plus modeste et non significative des chutes (−12 %), mais un peu moins de personnes ayant chuté (49,7 contre 54,9 %). Le pied est un maillon utile d’une prévention globale, pas une solution isolée. Voir nos références →
Mesurer l’équilibre a du sens : chez 2 396 personnes de 70 ans, plus le balancement mesuré sur plateforme était grand, plus le risque de chute dans l’année augmentait. Et une idée reçue tombe : dans l’ensemble, la vitamine D ne réduit pas les chutes, sauf peut-être chez les personnes qui en manquent.
Notre porte d’entrée : le bilan EQUILIBR’AGE. Une évaluation structurée (~25-40 min) qui mesure vue, équilibre, force, mobilité, marche, réflexes et proprioception (posturographie sur plateforme normée), repère vos mécanismes déficitaires et transmet une synthèse à votre médecin et votre kinésithérapeute. Il a été co-construit avec le Gérontopôle et s’appuie sur les recommandations de la HAS ; la posturographie est un examen dont la HAS a reconnu l’intérêt chez les personnes âgées à risque de chute en décembre 2025, pour décrire et quantifier les déficits, sans remplacer l’examen clinique.
Les études citées
- Sherrington C et al. L’exercice pour prévenir les chutes des personnes âgées vivant à domicile, revue Cochrane (108 essais). Cochrane Database Syst Rev 2019. PMID 30703272
- Hopewell S et al. Interventions multifactorielles et combinées pour prévenir les chutes, revue Cochrane. Cochrane Database Syst Rev 2018. PMID 30035305
- Gillespie LD et al. Interventions pour prévenir les chutes des personnes âgées vivant à domicile, revue Cochrane (159 essais : vue, médicaments, vitamine D, chaussage, podologie). Cochrane Database Syst Rev 2012. PMID 22972103
- Clemson L et al. Aménagement de l’environnement pour prévenir les chutes, revue Cochrane. Cochrane Database Syst Rev 2023. PMID 36893804
- Spink MJ et al. Prise en charge podologique complète pour prévenir les chutes, essai randomisé. BMJ 2011. PMID 21680622
- Cockayne S et al. Essai REFORM : prise en charge podologique et chutes, 1 010 participants. PLoS One 2017. PMID 28107372
- Jor A et al. Semelles de stimulation plantaire et équilibre de la personne âgée, méta-analyse. Gait Posture 2026. PMID 40998603
- Johansson J et al. Balancement postural et chutes à venir, cohorte de 2 396 personnes de 70 ans. Hum Mov Sci 2019. PMID 30981147
- Campbell AJ et al. Arrêt progressif des psychotropes et exercice à domicile pour prévenir les chutes, essai randomisé. J Am Geriatr Soc 1999. PMID 10404930
« Tomber, c’est inévitable en vieillissant » & « mieux vaut bouger moins »
Faux : la chute n’est pas une fatalité de l’âge. La plupart des facteurs de risque se corrigent, et le risque se réduit nettement.
Faux : « bouger moins pour éviter de tomber ». C’est l’inverse : l’inactivité affaiblit muscles et équilibre et augmente le risque.
Pas si simple : « la vitamine D évite les chutes ». Dans l’ensemble des essais, elle ne réduit pas les chutes ; elle pourrait aider seulement les personnes qui en manquent, sur avis médical.
Vrai : bouger en sécurité (renforcement + équilibre), corriger ce qui peut l’être et évaluer les leviers est la meilleure prévention.
Les situations qui relèvent d’abord du médecin
Avis médical rapide si…
- Une chute avec douleur ou blessure, ou l’impossibilité de se relever / de prendre appui.
- Un malaise, des vertiges ou une perte de connaissance.
- Des chutes répétées et brutales, ou une aggravation rapide de l’équilibre.
- Une faiblesse, un trouble de la parole ou de la vue apparus brutalement.
Ces situations relèvent d’abord du médecin ; la prévention (dont le bilan) vient ensuite, en complément.
Ressources liées
Prévenir les chutes : vos questions
Comment réduire le risque de chute chez une personne âgée ?
Quel est le moyen le plus efficace de prévenir les chutes ?
Le pied et les chaussures jouent-ils un rôle dans les chutes ?
Les semelles préviennent-elles les chutes ?
La vitamine D évite-t-elle les chutes ?
Qu’est-ce que le bilan EQUILIBR’AGE ?
Quand faut-il s’inquiéter et consulter un médecin ?
Faire le point pour prévenir, plutôt que subir
Le bilan EQUILIBR’AGE repère vos leviers prioritaires et coordonne la prise en charge avec votre médecin et votre kinésithérapeute. Il est gratuit pour les habitants de Bron, dans le cadre de la CPTS.
Médecin, kinésithérapeute ou infirmier ? Indications d’adressage et compte rendu par MonSisra : espace professionnels de santé.
Page d’information à visée générale ; elle ne remplace pas un avis individuel. En cas de chute avec blessure, de malaise ou de vertiges, consultez un médecin en priorité.