Genou · Podologue du sport à Bron, près de Lyon

Rupture du ligament croisé antérieur : opérer, rééduquer, reprendre le sport

Un craquement lors d’un pivot, un genou qui gonfle et qui lâche : la rupture du ligament croisé antérieur est la grande blessure du sportif. La rupture elle-même relève du chirurgien et du kinésithérapeute. Voici ce que disent les études sur l’opération, le retour au sport et la prévention, et où le pédicure-podologue peut aider.

  • Analyse du genou à la réception
  • Équilibre mesuré sur plateforme
  • En lien avec chirurgien et kiné
Comprendre

Le ligament central du genou

Le ligament croisé antérieur relie le fémur au tibia en diagonale, au centre du genou. Il empêche le tibia de glisser vers l’avant et contrôle les rotations, notamment lors des changements de direction.

La rupture survient le plus souvent sans contact : réception de saut, pivot pied bloqué au sol, décélération brutale. Le geste typique associe un genou qui rentre vers l’intérieur et une rotation de la jambe. Chez 205 sportives suivies avant la saison, celles qui se sont rompu le ligament avaient à la réception un genou qui rentrait davantage et une charge en valgus 2,5 fois plus forte (Hewett 2005).

Les sportives sont plus exposées que les sportifs dans les sports à pivots et de contact (Montalvo 2019). Le diagnostic repose sur l’examen et l’IRM, demandés par le médecin.

Opérer ou non

La chirurgie n’est pas toujours la première étape

Dans un essai chez 121 jeunes adultes actifs, une rééducation structurée, avec reconstruction seulement si le genou restait instable, donnait à deux ans les mêmes résultats qu’une opération d’emblée ; et 61 % des patients de ce groupe n’ont pas été opérés (Frobell 2010). La décision se prend avec le chirurgien, selon le sport pratiqué, l’instabilité ressentie et les lésions associées.

L’idée reçue

« Ligament croisé rompu = opération obligatoire, puis reprise du sport à 6 mois. »

Ce que montrent les études

L’opération n’est pas systématique, et le délai seul ne suffit pas : le risque de nouvelle blessure baissait de 51 % pour chaque mois de reprise différée, jusqu’à 9 mois après l’opération (Grindem 2016).

Le ménisque : lors d’une rupture récente, c’est surtout le ménisque externe qui est touché ; si le genou reste instable, le ménisque interne s’abîme davantage avec le temps (Hagino 2015).

Le retour au sport

Reprendre sur des critères, pas sur un calendrier

Le retour au sport est le moment le plus délicat. Les chiffres montrent pourquoi il faut le préparer.

55 %

des patients opérés reprenaient le sport en compétition, et 65 % leur niveau d’avant, dans une synthèse de 7 556 patients (Ardern 2014).

× 4

Chez des sportifs professionnels, reprendre sans avoir validé les 6 critères de sortie multipliait par 4 le risque de rompre la greffe (Kyritsis 2016).

1 sur 4

Près d’un sportif de moins de 25 ans sur quatre qui reprend un sport à pivots se rompt à nouveau un ligament croisé (Wiggins 2016).

Le genou qui rentre

Chez 56 sportifs opérés, suivis un an après leur reprise, un genou qui rentrait davantage vers l’intérieur à la réception d’un saut faisait partie des mesures qui prédisaient une nouvelle rupture (Paterno 2010).

L’équilibre sur une jambe

Dans la même étude, un déficit d’équilibre en appui sur la jambe opérée prédisait lui aussi la nouvelle rupture. Avec les autres mesures, le modèle repérait 92 % des sportifs qui se sont blessés à nouveau.

Les critères de reprise associent la force du quadriceps et des ischio-jambiers comparée à l’autre jambe, des tests de saut, la qualité de la réception et la confiance. Ils sont suivis par le kinésithérapeute et le chirurgien ; le pédicure-podologue y ajoute deux mesures du risque : l’analyse vidéo du genou à la réception et la mesure de l’équilibre en appui sur une jambe sur notre plateforme de posturographie, en comparant la jambe opérée à l’autre.

La prévention

Prévenir la rupture : ce qui marche

Les programmes de prévention neuromusculaire, comme le FIFA 11+ au football, sont efficaces : dans une méta-analyse, ils réduisaient le risque de rupture de 52 % chez les filles et de 85 % chez les garçons (Sadoghi 2012). Ils travaillent la réception des sauts, les changements de direction, l’équilibre et la force de la hanche et de la cuisse.

Ils concernent en priorité les jeunes sportives et sportifs des sports à pivots : football, handball, basket, volley, ski. Le pédicure-podologue y apporte un regard sur le pied et le genou à la réception, et sur le chaussage.

Les semelles

Moduler le genou qui rentre à l’appui

Aucune étude ne montre qu’une semelle prévient une rupture du ligament croisé, et nous ne le prétendons pas. En revanche, elle peut moduler un facteur de risque : le pied qui s’affaisse et entraîne la jambe en rotation, ce qui fait rentrer le genou.

Ce lien est documenté. Les basketteuses qui s’étaient rompu le ligament avaient un pied qui s’affaissait davantage que leurs coéquipières non blessées (Carabasa 2023). Chez 16 sportives testées en laboratoire, un soutien de voûte plus haut réduisait l’angle du genou qui rentre au moment du contact lors d’un changement de direction (Toyooka 2022). Et chez des coureurs au pied qui s’affaisse, une semelle avec coin interne réduisait la rotation du genou et le mouvement de la hanche vers l’intérieur (Braga 2019).

C’est un levier complémentaire de la prévention neuromusculaire et de la rééducation, jamais un substitut. Nous le proposons quand le bilan montre ce mécanisme, notamment à la reprise de la course après l’opération. La semelle est alors thermoformée ou imprimée en 3D au cabinet.

Nos travaux

Ce que disent les mémoires que j’ai dirigés

J’ai dirigé deux travaux d’initiation à la recherche consacrés au rôle du pédicure-podologue dans la rupture du ligament croisé du sportif : celui d’Emilie Cuoq chez le footballeur et celui de Clémence Tine chez le volleyeur, à l’IFPP de Lyon.

Ce que font les praticiens

L’enquête montre que la plupart des pédicures-podologues interrogés reçoivent des footballeurs après une rupture, et agissent surtout sur le genou qui rentre et sur la chaîne postérieure, avec des semelles adaptées à l’examen.

Le levier principal est ailleurs

Le premier facteur modifiable est le déséquilibre de force entre ischio-jambiers et quadriceps, qui relève du kinésithérapeute. Notre action est complémentaire, sur la mécanique du pied et du genou.

Une démarche structurée

Le travail sur le volley propose un protocole : bilan statique et dynamique, chaussage, semelles, coordination avec les autres soignants. Il est transposable aux autres sports à pivots.

Honnêteté : ce sont des travaux d’initiation à la recherche, sur de petits effectifs. Ils ont une valeur indicative et soulignent surtout un manque d’études robustes sur les semelles dans le ligament croisé. D’après les mémoires d’Emilie Cuoq et de Clémence Tine, dirigés par Jean-Marie Olagnier, publiés avec leur accord. Voir aussi notre page sur le pied du footballeur.

Questions fréquentes

Vos questions sur la rupture du ligament croisé

Le pédicure-podologue peut-il traiter une rupture du ligament croisé ?
Non, la rupture elle-même relève du chirurgien orthopédiste et du kinésithérapeute. Le pédicure-podologue intervient en complément : il analyse la façon dont le pied et la jambe reçoivent la charge, repère un genou qui rentre vers l’intérieur à la réception et accompagne la reprise des appuis et de la course.
Faut-il forcément opérer une rupture du ligament croisé ?
Pas toujours. Dans un essai chez de jeunes adultes actifs, une rééducation structurée avec reconstruction seulement si le genou restait instable donnait à deux ans les mêmes résultats qu’une opération d’emblée, et 61 % des patients de ce groupe n’ont pas été opérés. La décision se prend avec le chirurgien, selon le sport, l’instabilité et les lésions associées.
Combien de temps avant de reprendre le sport ?
Le délai seul ne suffit pas : on reprend quand des critères sont atteints, comme la force du quadriceps et des ischio-jambiers, les tests de saut et la confiance. Chez des sportifs professionnels, ceux qui reprenaient sans avoir validé ces critères avaient 4 fois plus de risque de rompre leur greffe. Pour les sports à pivots, il faut le plus souvent compter au moins 9 mois.
Quel est le risque de se blesser à nouveau ?
Il est réel, surtout chez les jeunes : près d’un sportif de moins de 25 ans sur quatre qui reprenait un sport à pivots se rompait à nouveau un ligament croisé. Deux facteurs qui prédisent cette nouvelle rupture se mesurent : un genou qui rentre vers l’intérieur à la réception d’un saut et un déficit d’équilibre en appui sur la jambe opérée. Nous les mesurons au cabinet, par analyse vidéo et sur plateforme de posturographie.
Comment réduire le risque de rupture chez un jeune sportif ?
Les programmes de prévention neuromusculaire, comme le FIFA 11+ au football, sont efficaces : dans une méta-analyse, ils réduisaient le risque de rupture de 52 % chez les filles et de 85 % chez les garçons. Ils travaillent la réception des sauts, les changements de direction et la force de la hanche et de la cuisse.
Les semelles peuvent-elles protéger le ligament croisé ?
Aucune étude ne montre qu’elles préviennent une rupture. Elles peuvent en revanche moduler un facteur de risque : chez des sportives, un soutien de voûte plus haut réduisait l’angle du genou qui rentre au moment du contact lors d’un changement de direction, et les basketteuses blessées avaient un pied qui s’affaissait davantage. Nous les proposons en complément de la prévention et de la rééducation, quand le bilan montre ce mécanisme.
La rupture du ligament croisé abîme-t-elle le ménisque ?
Souvent. Lors d’une rupture récente, c’est surtout le ménisque externe qui est touché. Si le genou reste instable dans les mois qui suivent, c’est le ménisque interne qui s’abîme davantage. C’est une raison de ne pas laisser un genou instable sans prise en charge.
Pourquoi les femmes se blessent-elles plus souvent ?
Dans les sports à pivots et de contact, les sportives ont un risque plus élevé de rupture que les sportifs. Plusieurs facteurs s’additionnent, dont la façon de se réceptionner avec un genou qui rentre davantage vers l’intérieur. C’est justement ce que travaillent les programmes de prévention, dès l’adolescence.

Nos sources

  • Frobell RB, et al. A randomized trial of treatment for acute anterior cruciate ligament tears. N Engl J Med, 2010;363(4):331-342. PubMed
  • Grindem H, et al. Simple decision rules can reduce reinjury risk by 84% after ACL reconstruction: the Delaware-Oslo ACL cohort study. Br J Sports Med, 2016;50(13):804-808. PubMed
  • Paterno MV, et al. Biomechanical measures during landing and postural stability predict second anterior cruciate ligament injury after anterior cruciate ligament reconstruction and return to sport. Am J Sports Med, 2010;38(10):1968-1978. PubMed
  • Kyritsis P, et al. Likelihood of ACL graft rupture: not meeting six clinical discharge criteria before return to sport is associated with a four times greater risk of rupture. Br J Sports Med, 2016;50(15):946-951. PubMed
  • Ardern CL, et al. Fifty-five per cent return to competitive sport following anterior cruciate ligament reconstruction surgery. Br J Sports Med, 2014;48(21):1543-1552. PubMed
  • Wiggins AJ, et al. Risk of secondary injury in younger athletes after anterior cruciate ligament reconstruction. Am J Sports Med, 2016;44(7):1861-1876. PubMed
  • Sadoghi P, von Keudell A, Vavken P. Effectiveness of anterior cruciate ligament injury prevention training programs. J Bone Joint Surg Am, 2012;94(9):769-776. PubMed
  • Hewett TE, et al. Biomechanical measures of neuromuscular control and valgus loading of the knee predict anterior cruciate ligament injury risk in female athletes. Am J Sports Med, 2005;33(4):492-501. PubMed
  • Montalvo AM, et al. Anterior cruciate ligament injury risk in sport: a systematic review and meta-analysis of injury incidence by sex and sport classification. J Athl Train, 2019;54(5):472-482. PubMed
  • Hagino T, et al. Meniscal tears associated with anterior cruciate ligament injury. Arch Orthop Trauma Surg, 2015;135(12):1701-1706. PubMed
  • Toyooka S, et al. Association of medial arch support of foot orthoses with knee valgus angle at initial contact during cutting maneuvers in female athletes. BMC Sports Sci Med Rehabil, 2022;14(1):214. PubMed
  • Carabasa García L, et al. Relationship between anterior cruciate ligament injury and subtalar pronation in female basketball players: case-control study. J Clin Med, 2023;12(24):7539. PubMed
  • Braga UM, et al. Effects of medially wedged insoles on the biomechanics of the lower limbs of runners with excessive foot pronation and foot varus alignment. Gait Posture, 2019;74:242-249. PubMed

Sportif à risque ou en reprise après un ligament croisé ?

Au cabinet, nous analysons votre pied et votre genou à la course et à la réception, et travaillons avec votre chirurgien et votre kinésithérapeute pour sécuriser la reprise.

Cette page informe sur la rupture du ligament croisé antérieur et ne remplace pas un avis médical ou chirurgical. Un genou qui a gonflé vite après un traumatisme, qui lâche ou qui se bloque doit être vu rapidement par un médecin. Les résultats cités sont ceux des études référencées ; ils ne constituent pas une garantie individuelle.