« J’avais mal au dos toujours du même côté, on m’a dit que j’avais une jambe plus courte »
Le récit d’une prise en charge posturale à Bron (Lyon) : comment un bilan instrumenté distingue une vraie cause mécanique d’une fausse piste — et pourquoi on ne compense jamais une jambe courte à l’aveugle.
Sandrine traîne un mal de dos récidivant depuis des années, toujours du côté droit. Rien de dramatique à l’imagerie, mais une gêne qui revient par épisodes, surtout en station debout prolongée. Au fil des consultations, on lui a parlé d’une « jambe plus courte » et d’un « bassin de travers ».
« On m’avait dit que j’avais une jambe plus courte et que mon bassin penchait. J’avais même remarqué qu’un ourlet de pantalon tombait toujours plus bas d’un côté. Mais personne ne m’avait vraiment expliqué si c’était la cause de mes douleurs. »
Plutôt que de poser d’emblée une talonnette, le bilan a cherché à vérifier si cette jambe courte expliquait réellement la douleur. C’est tout l’objet d’un bilan postural rigoureux : ne corriger que ce qui doit l’être.
Cas illustratif. Ce parcours est un exemple pédagogique inspiré de situations courantes rencontrées au cabinet. Il ne reproduit pas une patiente réelle identifiable et ne constitue pas un avis médical individuel. Chaque situation nécessite un bilan personnalisé.
Les signes qui ont mis sur la piste
« Toujours le même côté »
Douleur lombaire unilatérale et récidivante, qui revient au même endroit depuis des mois ou des années — un indice d’origine mécanique.
« Pire en restant debout »
Douleur aggravée par la station debout prolongée et la marche, soulagée en position allongée.
« Une jambe plus courte, un bassin penché »
Impression d’asymétrie : une hanche plus haute, un ourlet de pantalon inégal, parfois une épaule plus basse.
« Ça revient sans cause évidente »
Épisodes répétés sans traumatisme ni effort particulier, comme si le dos « lâchait » périodiquement.
Une jambe courte n’explique pas toujours un mal de dos
Une inégalité de longueur des membres peut être structurelle (différence réelle de longueur d’os) ou fonctionnelle (bassin basculé par des tensions). Mais attention : avoir une petite différence est très fréquent et souvent indolore. Le bilan ne cherche donc pas seulement à mesurer — il cherche à prouver le lien avec la douleur.
Inspiré du protocole posturologique du Centre des Massues, le bilan croise mesure, posture et fonction. Voici ce qui a été retrouvé chez Sandrine :
Une inégalité de membres mesurée
Mesure de la différence de longueur et palpation des repères du bassin (épines iliaques), corrélée à l’imagerie disponible.
Retrouvé : membre droit plus courtUne bascule du bassin du côté douloureux
Le bassin penche du côté de la jambe courte, créant une asymétrie d’appui qui remonte vers le rachis lombaire.
Retrouvé : bascule concordante à droiteUne répercussion posturale objectivée
Stabilométrie, baropodométrie et verticale de Barré : on mesure si le déséquilibre se traduit réellement dans la posture globale, pas seulement sur le papier.
Retrouvé : asymétrie d’appui et posturaleUne douleur corrélée au déséquilibre
L’élément décisif : la zone douloureuse correspond au côté et au niveau attendus d’après les mesures. Ce n’est pas une coïncidence.
Retrouvé : douleur concordante avec la mesure« Avoir une jambe plus courte ne veut pas dire qu’il faut une talonnette »
L’erreur classique : mesurer une différence de longueur et poser aussitôt une talonnette « pour égaliser ». C’est tentant, logique en apparence… et parfois contre-productif.
Pourquoi ? Parce que de petites inégalités sont très fréquentes et indolores : le corps les a souvent intégrées depuis l’enfance. Compenser de force un équilibre que le corps a déjà trouvé peut créer de nouvelles contraintes au lieu d’en retirer.
La bonne approche n’est pas « je mesure, je compense », mais « je vérifie d’abord que la correction améliore réellement la posture et la douleur — sinon, je ne pose rien ».
La triple corrélation : la règle qui guide la décision
Avant toute compensation, trois niveaux doivent concorder. Si un seul manque, on ne prescrit pas.
La mesure
L’inégalité de longueur et la bascule du bassin sont-elles réelles et mesurables ?
La posture
La plateforme de stabilométrie et la baropodométrie confirment-elles une répercussion posturale globale ?
La fonction
La compensation simulée améliore-t-elle objectivement les paramètres (tests de Bassani et de Fukuda) sans dégrader l’axe de la tête ?
Règle d’or : aucune compensation n’est posée sans cette triple corrélation — et jamais au détriment de l’axe occipital. Si la correction simulée déséquilibre la tête ou n’améliore rien, elle n’est pas prescrite. Mieux vaut ne rien poser que de déstabiliser une posture qui fonctionne.
Du bilan à la compensation — quand elle est justifiée
Bilan postural instrumenté complet
Mesure de l’inégalité et de la bascule, stabilométrie, baropodométrie dynamique, verticale de Barré, lecture de l’imagerie disponible. On objective avant de décider.
L’évaluation instrumentée objective le lien posture-douleur (cf. travaux D’Amico et coll.).Triple corrélation et tests fonctionnels
On simule la compensation et on vérifie son effet par les tests de Bassani (mobilité des chaînes) et de Fukuda (latéralité). La correction n’est validée que si elle améliore réellement, sans dégrader l’axe occipital.
La validation fonctionnelle conditionne la prescription.Compensation progressive — si validée
Lorsque la triple corrélation est positive, une compensation (talonnette ou semelle) est posée de façon progressive, pour laisser le corps s’adapter, et jamais en cherchant à « égaliser » à tout prix.
La compensation progressive limite les contraintes d’adaptation.Réévaluation et coordination
Contrôle à 6–8 semaines avec mesures comparatives, ajustement si besoin, et transmission du compte-rendu au médecin, kinésithérapeute ou ostéopathe. La prise en charge du dos est pluridisciplinaire.
Le suivi chiffré et la coordination sécurisent le résultat.Parfois, la meilleure prescription, c’est de ne rien prescrire.
Soyons honnêtes : toutes les jambes courtes ne sont pas à compenser. Les données montrent que de petites inégalités sont fréquentes et souvent asymptomatiques. Poser une compensation « par principe » peut faire plus de mal que de bien.
C’est pourquoi notre protocole aboutit parfois à ne rien prescrire : si le bilan ne retrouve pas de répercussion posturale, ou si la compensation simulée n’améliore rien, nous le disons et nous orientons autrement. Ce refus assumé est une garantie de sérieux, pas un échec.
Et quand la compensation est justifiée, elle s’intègre dans une prise en charge globale du mal de dos (activité physique, kinésithérapie). Le podologue agit sur la composante mécanique basse — une pièce du puzzle, pas la solution miracle.
Bascule du bassin & lombalgies — les fiches complètes
Mécanisme de la chaîne posturale, protocole de bilan, inégalité structurelle vs fonctionnelle : retrouvez toute l’information sur nos pages dédiées au rachis.
À lire aussi : les lombalgies mécaniques communes · toutes les pathologies du rachis · la posturologie au cabinet.
Mal de dos & jambe courte : vos questions
Avoir une jambe plus courte donne-t-il forcément mal au dos ?
Faut-il toujours une talonnette ?
Comment savoir si mon dos vient d’une bascule du bassin ?
Le podologue peut-il refuser de poser une semelle ?
Différence entre jambe courte « structurelle » et « fonctionnelle » ?
Faut-il une ordonnance pour ce bilan ?
Un mal de dos récidivant, toujours du même côté ?
Un bilan postural instrumenté permet de vérifier si une bascule du bassin ou une jambe plus courte explique réellement vos douleurs — et de n’agir que lorsque c’est justifié.
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