Posturologie · Quand consulter

Vertiges et instabilité : quand consulter (et qui)

Distinguer un vertige — qui relève d’abord du médecin ou de l’ORL — d’une instabilité posturale, repérer les signes qui doivent alerter, et savoir où le bilan postural a (ou n’a pas) sa place.

En bref

Le vertige est d’abord une question médicale.

Un vertige vrai — la sensation que « tout tourne » — relève en premier lieu de votre médecin traitant, souvent de l’ORL (l’oreille interne est en cause dans de nombreux cas), parfois du neurologue. Une instabilité ou un déséquilibre sans rotation peut, elle, comporter une composante posturale et proprioceptive : un bilan postural peut alors compléter la prise en charge, une fois les causes médicales évaluées. Le pédicure-podologue ne pose pas de diagnostic médical et ne traite pas les vertiges : il intervient sur l’équilibre, en complément. En présence d’un signe d’alerte (voir ci-dessous), consultez sans attendre.

Signes d’alerte

Quand consulter sans attendre

Appelez le 15 (SAMU) si un vertige ou un déséquilibre s’accompagne de :

  • une difficulté à parler, une vision double ou perdue ;
  • une faiblesse ou un engourdissement d’un côté du corps (visage, bras, jambe) ;
  • une difficulté soudaine à marcher ou à tenir debout.

Ces signes peuvent évoquer un accident vasculaire cérébral : chaque minute compte.

Consultez aussi rapidement un médecin en cas de :

  • mal de tête intense et inhabituel, ou vertige après un traumatisme crânien récent ;
  • perte de connaissance, douleur dans la poitrine, palpitations ;
  • surdité brutale ou acouphènes d’apparition récente accompagnant le vertige ;
  • fièvre élevée avec raideur de la nuque ;
  • chutes répétées ou inexpliquées, en particulier après 65 ans.

Pour vous situer : dans une étude menée aux urgences, un AVC ou un accident ischémique transitoire a été retrouvé chez 3,2 % des personnes venues pour un vertige ou un déséquilibre, et chez 0,7 % quand le vertige était isolé, sans aucun signe neurologique (Kerber 2006). Le risque est faible, mais c’est justement l’association avec les signes ci-dessus qui doit alerter.

La distinction clé

Vertige, instabilité, malaise : ce n’est pas la même chose

Mettre le bon mot sur ce que vous ressentez oriente vers le bon interlocuteur. Trois grandes sensations, souvent confondues :

Ce que vous ressentezCe que cela évoque souventVers qui d’abord
Vertige vrai
« tout tourne »
Oreille interne (vertige positionnel bénin, Ménière, névrite vestibulaire), plus rarement cause neurologique.Médecin traitant → ORL
Instabilité
« je tangue, je titube »
Origine multiple : appuis et proprioception, vue, muscles, médicaments, parfois neurologique.Médecin, puis bilan postural en complément
Malaise / tête qui tourne
« je vais m’évanouir »
Souvent une baisse de tension ou une cause cardiovasculaire.Médecin traitant

La cause la plus fréquente de vertige vrai est le vertige positionnel paroxystique bénin : de courtes crises déclenchées en se couchant, en se retournant au lit ou en levant la tête. Dans une grande étude de population, il touche environ 2,4 % des adultes au cours de leur vie (von Brevern 2007). Il se traite le plus souvent par une manœuvre de repositionnement réalisée par le médecin, l’ORL ou un kinésithérapeute formé : dans la revue Cochrane, la manœuvre d’Epley fait disparaître le vertige chez 56 % des patients, contre 21 % sans traitement actif (Hilton 2014). Une semelle n’y change rien : c’est l’oreille interne qu’il faut traiter.

Pourquoi ça compte : ces sensations n’orientent ni vers les mêmes causes, ni vers les mêmes soignants. Le pédicure-podologue n’est concerné que par la composante d’équilibre de l’instabilité — et jamais avant qu’une cause médicale ait été évaluée.
Le bon parcours

Qui consulter, et dans quel ordre

1. Le médecin traitant

La porte d’entrée : il évalue, écarte les causes urgentes et vous oriente vers le bon spécialiste.

2. L’ORL

Pour les vertiges d’origine « oreille interne », les plus fréquents (dont le vertige positionnel bénin, très courant).

3. Le neurologue

Si le tableau ou l’examen l’oriente, sur demande du médecin.

4. Le kinésithérapeute vestibulaire

Sur prescription, la rééducation vestibulaire a fait ses preuves dans les atteintes de l’oreille interne d’un côté (revue Cochrane, McDonnell 2015).

5. Le pédicure-podologue (posturologie)

En complément, sur la composante posturale d’une instabilité : mesure sur plateforme, semelles si elles sont indiquées.

Notre place

Ce que le bilan postural peut apporter — et ses limites

Le pied est l’un des capteurs de l’équilibre : l’information qui remonte de la plante participe au maintien de la posture. Quand une instabilité comporte une part liée aux appuis ou à une dépendance excessive à la vue, un bilan postural sur plateforme permet de le mesurer objectivement (dont le test de Romberg quantifié) et d’orienter la prise en charge.

Ce que nous mesurons au cabinet

Sur notre plateforme de posturographie, nous enregistrons les oscillations de votre corps debout, yeux ouverts puis yeux fermés, ainsi que votre stabilité sur un pied. La vitesse de déplacement du centre de pression et le quotient de Romberg indiquent la part que prennent la vue et les appuis dans votre équilibre. Ces mesures donnent un point de départ chiffré : on refait la même mesure au contrôle pour voir ce qui a changé, au lieu de se fier à une impression.

Quand les semelles ont un intérêt

Quand l’instabilité a une part liée aux pieds (douleur, appuis, sensibilité plantaire diminuée), des semelles qui stimulent la plante ont un effet mesuré chez la personne âgée. Une méta-analyse de 18 études montre qu’elles réduisent les oscillations debout, surtout avec un soutien de voûte ou des reliefs placés à des endroits précis, et qu’elles font gagner en moyenne 1,15 seconde au test « se lever et marcher » (Jor 2026). L’effet sur la marche elle-même reste peu démontré.

Chez des personnes âgées souffrant des pieds, un essai randomisé a associé semelles, conseils et aide au chaussage, et exercices du pied et de la cheville : 36 % de chutes en moins sur un an (Spink 2011). Un second essai, plus grand, retrouve un effet plus modeste : moins de personnes ayant chuté, sans différence nette sur le nombre total de chutes (Cockayne 2017). Les semelles sont donc un levier parmi d’autres, à associer aux exercices d’équilibre.

Nos limites, clairement posées : nous ne diagnostiquons pas la cause d’un vertige, nous ne remplaçons pas l’ORL ni le neurologue, et nous n’affirmons pas « corriger » l’équilibre. Nous mesurons, nous agissons sur la part posturale quand elle existe, et nous orientons dès que les données pointent vers une cause médicale. C’est un travail de complément, au service de votre médecin.
Cas particulier

Personne âgée : déséquilibre et chutes

Après 65 ans, une instabilité ou des chutes répétées justifient d’en parler au médecin traitant : les causes sont souvent multiples (vue, médicaments, tension, force musculaire, équilibre, environnement). En complément de l’avis médical, un bilan de prévention des chutes et de l’équilibre aide à repérer les facteurs sur lesquels agir, dont la composante podologique et posturale.

Le levier le mieux démontré reste l’exercice : dans la revue Cochrane de 108 essais, les programmes d’exercices d’équilibre et de renforcement réduisent le nombre de chutes de 23 % chez la personne âgée vivant à domicile (Sherrington 2019). Le bilan podologique vient en complément : pieds, chaussage, semelles si elles sont indiquées.

Questions fréquentes

Vertiges et équilibre : vos questions

Vertige et instabilité, est-ce la même chose ?
Non. Un vertige vrai est une sensation de rotation : « tout tourne » autour de vous ou en vous. Il relève d’abord d’une évaluation médicale (souvent l’oreille interne, parfois neurologique). L’instabilité, ou déséquilibre, est plutôt une impression de tanguer, de tituber, de ne pas être bien « posé » sur ses appuis, sans rotation. Les deux peuvent coexister, mais ils n’orientent pas vers les mêmes causes ni les mêmes interlocuteurs.
Qui consulter en cas de vertige ?
Votre médecin traitant est la porte d’entrée : il évalue et oriente. Un vertige d’origine « oreille interne » (comme le vertige positionnel bénin, la maladie de Ménière ou une névrite vestibulaire) relève de l’ORL. Certaines situations orientent vers un neurologue. Le pédicure-podologue n’est pas le premier interlocuteur du vertige : il intervient en complément, sur la composante d’équilibre, une fois le volet médical évalué.
Quels signes doivent faire consulter en urgence ?
Appelez le 15 (SAMU) si un vertige ou un déséquilibre s’accompagne d’un signe neurologique brutal : difficulté à parler, vision double ou perdue, faiblesse ou engourdissement d’un côté du corps, difficulté soudaine à marcher. Consultez aussi rapidement en cas de mal de tête intense et inhabituel, de traumatisme crânien récent, de perte de connaissance, de douleur dans la poitrine, de surdité brutale ou d’acouphènes récents, ou de fièvre avec raideur de la nuque.
Un podologue peut-il traiter les vertiges ?
Non. Le vertige n’est pas du ressort du pédicure-podologue, et nous ne posons pas de diagnostic médical. Notre rôle se limite à la composante posturale de l’équilibre : quand une instabilité comporte une part liée aux appuis et à la proprioception, un bilan postural peut compléter la prise en charge — mais toujours après, ou en parallèle, d’une évaluation médicale, jamais à sa place.
Quand un bilan postural est-il pertinent pour un déséquilibre ?
Lorsqu’une instabilité persiste alors que les causes médicales ont été évaluées, et qu’elle comporte une composante posturale ou proprioceptive (appuis, information plantaire, dépendance excessive à la vue). Le bilan postural sur plateforme mesure objectivement ces éléments et aide à orienter la prise en charge. Il complète l’avis médical, il ne le remplace pas.
Je fais des chutes à répétition, que dois-je faire ?
Des chutes répétées ou inexpliquées, surtout après 65 ans, justifient d’en parler à votre médecin traitant : elles peuvent avoir plusieurs causes (vue, médicaments, tension, équilibre, environnement). En complément, un bilan de prévention des chutes et de l’équilibre peut identifier les facteurs sur lesquels agir, dont la composante podologique et posturale.
Des semelles peuvent-elles améliorer l’équilibre ?
Elles ne traitent pas un vertige, qui vient le plus souvent de l’oreille interne. En revanche, quand une instabilité a une part liée aux pieds, des semelles qui stimulent la plante réduisent les oscillations debout chez la personne âgée et améliorent le test « se lever et marcher » (méta-analyse Jor 2026). Associées aux exercices et au chaussage, elles ont aussi réduit les chutes dans un essai randomisé (Spink 2011). Nous mesurons l’équilibre sur plateforme avant de les proposer.
Sources

Études citées sur cette page

  1. von Brevern M et al. Epidemiology of benign paroxysmal positional vertigo: a population based study. J Neurol Neurosurg Psychiatry, 2007. PubMed
  2. Hilton MP, Pinder DK. The Epley (canalith repositioning) manoeuvre for benign paroxysmal positional vertigo. Cochrane Database Syst Rev, 2014. PubMed
  3. Kerber KA et al. Stroke among patients with dizziness, vertigo, and imbalance in the emergency department. Stroke, 2006. PubMed
  4. McDonnell MN, Hillier SL. Vestibular rehabilitation for unilateral peripheral vestibular dysfunction. Cochrane Database Syst Rev, 2015. PubMed
  5. Jor A et al. Effects of somatosensory stimulation foot orthoses on balance and stability in older adults: a systematic review, meta-analysis, and meta-regression. Gait Posture, 2026. PubMed
  6. Spink MJ et al. Effectiveness of a multifaceted podiatry intervention to prevent falls in community dwelling older people with disabling foot pain: randomised controlled trial. BMJ, 2011. PubMed
  7. Cockayne S et al. Cohort randomised controlled trial of a multifaceted podiatry intervention for the prevention of falls in older people (REFORM). PLoS One, 2017. PubMed
  8. Sherrington C et al. Exercise for preventing falls in older people living in the community. Cochrane Database Syst Rev, 2019. PubMed

Une instabilité qui persiste ? Mesurons-la

Une fois les causes médicales évaluées, le bilan postural objective la part de vos appuis et de votre équilibre — pour orienter, en complément de votre médecin.

ou au 04 72 37 17 31

Cette page est fournie à titre d’information et d’orientation. Elle ne constitue pas un avis médical et ne remplace pas une consultation. En cas de vertige, de déséquilibre ou de chute, adressez-vous en premier lieu à un médecin ; en présence d’un signe d’alerte, appelez le 15.