Squat et voûte plantaire : l’arche tient-elle sous charge ?
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Squat et charge lourde : votre voûte plantaire tient-elle le choc ?

En force athlétique, tout le poids de la barre transite par le pied. Alors, sous des charges très lourdes, l’arche interne s’effondre-t-elle ? Nous l’avons mesurée chez des pratiquants — voici ce que montrent les chiffres, et ce que ça change pour vous.

En bref

Oui, l’arche s’abaisse un peu sous charge — mais c’est surtout le pied laxe qui « lâche ».

Sur des pratiquants de force athlétique, nous avons mesuré la hauteur de l’arche interne (l’os naviculaire) en ajoutant de la charge de 0 à 250 % du poids de corps. Résultat : l’arche s’abaisse légèrement mais réellement (résultat statistiquement significatif) — signe qu’en statique, elle résiste bien. Mais tout le monde ne réagit pas pareil : le pied « faible », et surtout le pied laxe (Navicular Drop Test élevé), s’affaisse nettement plus. Ce test clinique de 30 secondes repère justement ces pieds. C’est là qu’un soutien podologique et un renforcement du pied peuvent avoir du sens pour le travail en charge — mais l’étude mesure l’arche, elle ne teste pas la semelle : tout se décide sur un bilan individuel.

Le point de départ

Pourquoi mesurer l’arche du pied sous charge ?

En force athlétique — le squat, le développé couché et le soulevé de terre — l’athlète soulève des charges considérables. Et tout part du sol : c’est le pied qui transmet la force des jambes au sol pour faire remonter la barre.

D’où une question simple, rarement mesurée : sous ces charges parfois supérieures au poids du corps, l’arche longitudinale médiale — l’arche interne du pied, dont l’os naviculaire est la clé de voûte — s’effondre-t-elle ? Pratiquant de force athlétique et passionné de biomécanique, Gabriel Karibian a conçu, dans le cadre de son mémoire que j’ai dirigé, un protocole pour la filmer et la quantifier. Ce que nous en retenons éclaire aussi, plus largement, tous ceux qui chargent leurs pieds : haltérophiles, crossfitters, métiers de port de charge.

L’étude

Ce qui a été mesuré, et comment

Une étude observationnelle en salle de sport, dans un cadre standardisé (même examinateur, planche de repères pour aligner les pieds, caméra face au naviculaire).

La population

Des pratiquants confirmés

5 sujets, soit 10 pieds (n=10), pratiquant la force athlétique depuis au moins 1 an et demi, à raison de 3 séances par semaine minimum, sans antécédent traumatique du membre inférieur — pour mesurer des pieds entraînés à la charge.

Le protocole

Charge de 0 à 250 %

Barre olympique et disques calibrés, en position low bar, en statique (dérack et maintien). La hauteur du naviculaire est mesurée par analyse vidéo 4K (logiciel Kinovéa) à chaque palier de charge, exprimé en % du poids de corps.

Le repère clinique

Navicular Drop Test

Avant l’effort, chaque pied passe le Navicular Drop Test (NDT) : de combien le naviculaire descend entre l’assise et l’appui debout. Un pied fort (dominant) et un pied faible sont distingués pour chaque sujet.

Une précision d’honnêteté d’emblée : il s’agit d’un travail d’initiation à la recherche sur un très petit effectif (n = 10), en condition statique. Il ne permet pas de conclure avec un haut niveau de preuve : il dégage des tendances, il ne tranche pas. C’est aussi ce qui en fait la valeur — des chiffres réels, présentés avec leurs limites, sur un sujet très peu étudié.
Les résultats

Sous charge, l’arche s’abaisse — légèrement, mais réellement

À l’échelle des 10 pieds, la corrélation entre l’augmentation de la charge et la hauteur du naviculaire est négative et statistiquement significative : quand la charge monte, l’arche descend. Mais l’effet est modeste — la charge n’explique qu’une petite part de l’affaissement, ce qui suggère que d’autres facteurs (surtout musculaires) entrent en jeu pour tenir l’arche.

ρ = −0,28
corrélation charge → hauteur du naviculaire (p = 0,015 : faible mais significative)
8,1 %
seulement de l’affaissement s’explique par la charge : l’arche résiste bien en statique
0 → 250 %
du poids de corps : la plage de charge appliquée pendant le protocole
0 −0,5 −1,0 Pied fort (dominant) Pied faible −0,23 −0,97 Sujet 1 +0,14 −0,67 Sujet 2 −0,08 −0,90 Sujet 3 −0,75 −0,82 Sujet 4 −0,76 −0,44 Sujet 5 Barre vers le bas = l’arche s’affaisse quand la charge augmente (corrélation négative).
Corrélation charge → hauteur du naviculaire, pied par pied (coefficient de Pearson). Les pieds faibles (bleu) plongent souvent fort (jusqu’à −0,97) ; les pieds forts (orange) sont bien plus hétérogènes, parfois quasi nuls. Chaque valeur porte sur un seul pied : à lire comme une tendance, pas une preuve.
  • Le pied fort (dominant) résiste mieux : corrélation faible et non significative (ρ = −0,26). Probablement une meilleure tonicité musculaire et un contrôle neuromusculaire plus efficace.
  • Le pied faible s’affaisse davantage : corrélation négative plus marquée (ρ = −0,31), et un affaissement plus net à mesure que la charge monte.
  • Une grande variabilité entre individus : certains pieds ne bougent quasiment pas, d’autres plongent nettement. Autrement dit, ce n’est pas la charge seule qui décide — c’est le pied qui la reçoit.
Le repère qui change tout

Le Navicular Drop Test prédit qui va s’affaisser

C’est l’apport le plus utile de ce travail : un test clinique simple, fait en 30 secondes, permet d’anticiper quels pieds vont le plus s’affaisser sous charge.

ρ = 0,56
entre le score au NDT et l’ampleur de l’affaissement sous charge (R² ≈ 31 %)
≥ 1 cm
NDT élevé = pied hypotonique (laxe) → s’affaisse beaucoup sous charge
< 0,8 cm
NDT faible = pied hypertonique (tonique) → arche stable sous charge

Plus le pied est laxe au repos (Navicular Drop Test élevé), plus son arche plonge quand on charge ; plus il est tonique, plus il tient. Le NDT devient donc un marqueur simple et rapide pour repérer, parmi des sportifs, ceux dont l’arche est susceptible de s’effondrer le plus sous la barre — et qui pourraient tirer bénéfice d’un accompagnement ciblé.

La limite à garder en tête : cette corrélation est modérée et n’atteint pas le seuil de significativité (p = 0,095), du fait du très petit effectif. Elle indique une piste sérieuse, cohérente avec l’usage clinique du NDT — pas une loi.
La nuance d’expert

« L’effet cigogne » : une arche stable n’est pas forcément une arche tranquille

Voici le point le plus subtil du mémoire, et une leçon de prudence que je tiens à mettre en avant : corrélation n’est pas causalité.

L’étude mesure où se trouve l’arche, pas ce que font les muscles pour l’y maintenir. Or un pied qui semble à peine s’affaisser sous charge peut, en réalité, tenir grâce à un gros travail musculaire invisible (au premier rang duquel le tibial postérieur, principal soutien actif de l’arche interne). À l’inverse, un affaissement pourrait être purement structurel.

Concrètement :
  • Sans mesure de l’activité musculaire (électromyographie), impossible de dire si l’arche tient « toute seule » (structure) ou parce que les muscles compensent (travail actif).
  • Une arche apparemment stable peut donc masquer une sur-sollicitation musculaire — potentiellement source de fatigue, voire de blessure à long terme (tendinopathie du tibial postérieur, par exemple).
  • L’absence d’affaissement visible n’est donc pas synonyme d’absence de contrainte. C’est pourquoi on ne se fie jamais à un seul chiffre : on écoute aussi le pied et les symptômes.
En pratique

Ce que ça change pour vous, si vous soulevez lourd

Le message n’est pas « il faut des semelles pour faire du squat » — la plupart des pieds encaissent très bien. C’est plutôt : connaître son pied permet d’anticiper, et d’agir seulement quand c’est utile.

  • Faire évaluer son pied (dont le NDT) si vous chargez lourd régulièrement : c’est rapide et cela situe votre risque d’affaissement.
  • Renforcer le pied, pas seulement les cuisses : travail des muscles intrinsèques du pied et du tibial postérieur — un levier au bon niveau de preuve pour améliorer la fonction et le contrôle du pied.
  • Soigner la mobilité de cheville et la technique : une bonne flexion de cheville aide à la profondeur de squat sans reporter la contrainte sur l’avant-pied.
  • Progresser la charge, écouter les signaux : fatigue ou douleur du bord interne du médio-pied, du tendon du tibial postérieur, instabilité en charge = motifs de bilan.
  • Envisager un soutien podologique au cas par cas : pied laxe + symptômes sous charge → une orthèse qui stabilise l’arche sans couper la transmission des forces au sol peut se discuter, sur indication.
Notre ligne : cette étude a mesuré le comportement de l’arche, elle n’a pas testé la semelle — le mémoire propose d’ailleurs de l’étudier dans un travail futur. Nous ne posons donc jamais une orthèse par principe, et ne promouvons aucune marque. Le juste soutien se décide après analyse de votre pied et de vos objectifs.
Cas concret

Quand le bord interne « chauffe » en fin de série

Un cas illustratif, représentatif des situations que nous voyons chez les pratiquants de force.

La situation

Maxime, 27 ans, pratique la force athlétique depuis quatre ans. Il consulte pour une gêne du bord interne du médio-pied qui apparaît en fin de séries lourdes de squat, avec une sensation de pied qui « s’écrase » vers l’intérieur sous la barre.

Ce que le bilan montre

Pas de blessure aiguë. Mais un Navicular Drop Test à 1,3 cm (pied laxe), une arche qui s’affaisse visiblement en charge, et un tibial postérieur sensible à la sollicitation — le tableau d’une arche qui tient au prix d’un travail musculaire important, exactement le scénario de « l’effet cigogne ».

La prise en charge

Priorité au renforcement du pied (intrinsèques, tibial postérieur) et à la gestion de charge. En complément, une orthèse de soutien de l’arche pensée pour le travail en charge, testée à l’entraînement, pour soulager le tibial postérieur sans gêner la poussée au sol. Réévaluation à distance sur les symptômes, pas sur un chiffre isolé.

Cas illustratif composite, inspiré de situations cliniques réelles ; il ne reproduit pas un patient identifiable.

Questions fréquentes

Squat, charge et voûte plantaire : vos questions

Le squat abîme-t-il la voûte plantaire ?
Non, pas chez un pied sain. L’arche interne du pied est une structure très robuste, conçue pour encaisser des charges. Notre étude cinématique sur des pratiquants de force athlétique montre que, sous charge lourde en statique, l’arche s’abaisse seulement légèrement — signe qu’elle résiste bien. La nuance : les pieds les plus laxes (Navicular Drop Test élevé) s’affaissent nettement plus, et cet affaissement peut solliciter davantage les muscles stabilisateurs. Ce n’est pas le squat qui « abîme » le pied, c’est un pied peu tonique, une technique perfectible ou une charge mal progressive qui peuvent poser problème.
C’est quoi le Navicular Drop Test ?
C’est un test clinique simple, réalisé en quelques secondes : on repère l’os naviculaire (sur le bord interne du pied) et on mesure de combien il descend entre une position assise sans charge et la position debout en appui. Une descente d’au moins 1 cm signe un pied plutôt laxe (hypotonique) ; moins de 0,8 cm, un pied plutôt tonique (hypertonique). Dans notre étude, plus le Navicular Drop Test était élevé, plus l’arche s’affaissait sous charge — ce qui en fait un repère rapide pour identifier les pieds les plus sensibles à la charge.
Faut-il des semelles pour faire du squat ?
Pas par défaut. La plupart des pieds gèrent très bien la charge du squat sans semelle. Une orthèse de soutien peut se discuter au cas par cas : pied laxe (Navicular Drop Test élevé) associé à des symptômes sous charge (fatigue ou douleur du bord interne du médio-pied, du tendon du tibial postérieur), ou instabilité ressentie en charge. C’est d’ailleurs une piste que le mémoire propose d’explorer — mais il faut être honnête : cette étude a mesuré le comportement de l’arche, elle n’a pas testé la semelle. La décision se prend sur un bilan individuel, jamais en systématique.
Mon arche s’affaisse quand je charge lourd, est-ce grave ?
Un léger abaissement de l’arche sous charge est normal : le pied est une structure dynamique qui se déforme un peu pour encaisser puis restituer l’énergie. Ce qui doit alerter, c’est une douleur ou une fatigue répétée du bord interne du médio-pied, du tendon du tibial postérieur, ou une sensation d’instabilité qui s’installe. Un point important issu de l’étude : une arche qui « paraît » stable peut en réalité tenir grâce à un gros travail musculaire invisible — donc l’absence d’affaissement ne veut pas dire absence de sollicitation. En cas de gêne persistante en charge, un bilan podologique fait le point.
Comment renforcer son pied pour la force athlétique ?
Le pied se muscle comme le reste du corps. Le travail des muscles intrinsèques du pied (exercices type « short foot », travail des orteils) et du tibial postérieur — principal soutien actif de l’arche interne — améliore la fonction du pied et le contrôle postural, avec un bon niveau de preuve dans la littérature. On y ajoute le travail de mobilité de cheville, utile pour la profondeur de squat, et une progression de charge maîtrisée. L’objectif n’est pas de « bloquer » l’arche mais de la rendre plus tonique et endurante sous charge. Un podologue du sport peut cibler ce travail selon votre pied.
Semelle rigide ou soutien souple pour soulever lourd ?
Il n’y a pas de réponse unique : cela dépend du pied, du symptôme et de l’objectif. Pour le travail en charge, on cherche souvent une orthèse qui stabilise et soutient l’arche sans supprimer la transmission des forces au sol, essentielle en force athlétique. La rigidité, l’ajout éventuel d’une plaque et le type de matériau se choisissent sur indication, après analyse. Nous ne promouvons aucune marque. Le sujet du choix des semelles selon l’usage sportif est développé dans notre page dédiée aux semelles de sport.

Vous chargez lourd ? Faites parler votre pied.

Un bilan situe votre pied face à la charge — tonicité, Navicular Drop Test, appui — pour décider, sur des mesures, s’il y a besoin de renforcer, d’ajuster la technique ou de soutenir l’arche.

Cabinet Olagnier — 8 avenue du Maréchal de Lattre de Tassigny, 69500 Bron
Tél. 04 72 37 17 31 · du lundi au vendredi 8h–19h30, samedi 8h–12h30

Cette page s’appuie sur un travail de mémoire d’initiation à la recherche réalisé sur un très petit effectif (10 pieds), en condition statique : ses résultats dégagent des tendances mais ne constituent pas une preuve de haut niveau. Elle est fournie à titre d’information, ne promeut aucune marque de semelles ni de matériel, et ne garantit ni gain de performance, ni prévention des blessures. Avant de modifier votre entraînement ou votre équipement, un avis professionnel personnalisé est recommandé.