Syndrome de Morton
Névrome intermétatarsien
Une brûlure entre le 3e et 4e orteil, la sensation de marcher sur un caillou, un soulagement immédiat en enlevant la chaussure — le névrome de Morton est une fibrose périneurale de l’espace intermétatarsien. La barre métatarsienne sur semelle sur mesure décharge l’espace comprimé.
(entre M3 et M4)
(talon haut, chaussure étroite)
(au-delà : discuter infiltration)
Un nerf coincé entre deux têtes métatarsiennes
Vue plantaire — névrome entre M3 et M4 (3e espace intermétatarsien)
Entre chaque métatarse circule un nerf interdigital plantar qui innerve les deux orteils adjacents. Dans le 3e espace (entre le 3e et 4e métatarse), ce nerf est particulièrement exposé : l’espace y est étroit, le ligament métatarsien transverse le couvre, et les anastomoses des branches des nerfs plantaire médial et latéral le rendent plus volumineux.
La compression répétée entraîne une fibrose périneurale progressive — c’est ce nodule fibreux que l’on appelle improprement « névrome » (il n’est pas au sens strict un vrai neurome mais une dégénérescence réactionnelle du nerf).
Le 2e espace est touché dans environ 15–20 % des cas. Les 1er et 4e espaces sont rares.
Plus la chaussure est étroite à l’avant-pied, plus les têtes métatarsiennes se rapprochent, plus le nerf est pincé entre elles — et plus la fibrose s’aggrave avec le temps.
Pourquoi le nerf se fibrose-t-il ?
Le névrome de Morton résulte d’une compression mécanique chronique du nerf entre les têtes métatarsiennes. Trois familles de facteurs favorisent cette compression :
Chaussures inadaptées
Bout étroit comprimant les métatarses transversalement. Talon haut reportant le poids sur les têtes métatarsiennes. Port prolongé de chaussures de sécurité à embout étroit.
Morphologie du pied
Avant-pied valgus ou creux augmentant les pressions métatarsiennes. Index métatarsien défavorable (pied de Morton = 2e métatarse plus long que le 1er). Hyperpronation reportant les contraintes en latéral.
Activité répétitive
Course à pied sur bitume (impacts répétés). Danse sur pointe ou demi-pointe (compression extrême). Sports de raquette avec impulsions répétées sur avant-pied.
Comment se manifeste le syndrome de Morton ?
Le tableau est très caractéristique — si vous reconnaissez plusieurs de ces signes, le diagnostic de Morton est probable avant même l’imagerie :
🔥 Douleur brûlante ou électrique
Localisée entre le 3e et 4e orteil (ou 2e–3e). Peut irradier vers les deux orteils adjacents ou vers le talon. Parfois décrite comme une « décharge électrique ».
🪨 Sensation de corps étranger
« J’ai l’impression de marcher sur un galet / un caillou dans la chaussette » — sensation très évocatrice et quasi-pathognomonique du Morton.
🥿 Soulagement au retrait de la chaussure
La douleur s’atténue rapidement dès que la chaussure est retirée et que les métatarses s’écartent. Ce signe distingue le Morton d’autres métatarsalgies.
🔢 Paresthésies des orteils
Fourmillements, engourdissements ou hypoesthésie dans les deux orteils bordant l’espace touché. Peut persister au repos dans les formes évoluées.
⭐ Signe de Mulder — test clinique de référence
Lors de l’examen, le podologue-pédicuriste effectue ce test en quelques secondes :
Sensibilité ~ 70–80 % selon les séries. Un Mulder positif associé aux symptômes typiques oriente fortement vers le diagnostic avant l’imagerie.
Confirmer et caractériser le névrome
Le bilan podologique guide le choix et l’interprétation des examens complémentaires :
| Examen | Intérêt | Rôle |
|---|---|---|
| Clinique + signe de Mulder | Première ligne — tableau évocateur | Diagnostic orienté |
| Échographie avant-pied | Visualise le nodule hypoéchogène. Mesure la taille. Guide l’infiltration. | 1ʳᵉ imagerie |
| IRM avant-pied | Confirme en cas de doute. Élimine autres causes (fracture de fatigue, bursite intermétatarsienne). | 2ᵉ intention |
| Radiographie | Normale dans le Morton pur. Utile pour éliminer une fracture de fatigue métatarsienne ou de l’arthrose. | Élimination |
Taille du névrome à l’échographie — importance pronostique
La taille conditionne la stratégie thérapeutique :
Décharger l’espace comprimé par la semelle
Le podologue-pédicuriste agit sur le mécanisme central du Morton : la compression transversale des têtes métatarsiennes sur le nerf interdigital.
📊 Bilan podologique complet
- Analyse baropodométrique dynamique : cartographie des pressions plantaires, surcharge métatarsienne identifiée
- Mesure de l’index métatarsien (M1/M2 ratio)
- Évaluation de l’avant-pied (valgus, creux, pronation)
- Analyse morphologique des chaussures portées
👟 Conseil chaussage
- Bout large et arrondi à l’avant-pied — les métatarses doivent s’écarter naturellement
- Éviter les talons > 3 cm (report de charge sur les têtes métatarsiennes)
- Profondeur suffisante à l’avant-pied (chaussure de sport ou de ville confortable)
- Une modification du chaussage seule peut suffire dans les formes légères
👟 Chaussures recommandées pour le Morton
- Bout large ou carré (minimum 2 doigts d’espace entre le gros orteil et le bout)
- Avant-pied souple et non compressif
- Talon ≤ 3 cm (idéalement ≤ 2 cm)
- Chaussure de sport à largeur métatarsienne ample
- Éviter sandales à lanière entre les orteils en phase aiguë
- Semelle intérieure amovible (pour accueillir la semelle sur mesure)
Du conservateur au chirurgical : la cascade
La majorité des Morton répondent favorablement au traitement conservateur bien conduit. La progression suit la taille du névrome et la réponse clinique :
Semelles sur mesure + modification du chaussage
Barre métatarsienne calibrée sur baropodométrie dynamique. Correction de la morphologie associée (avant-pied valgus, hyperpronation, pied creux). Conseil chaussage adapté : avant-pied large, talon bas. Traitement de première intention quelle que soit la taille du névrome.
≥ 3 mois de suivi — résultats attendus à 4–8 semainesInfiltration de corticoïdes écho-guidée
Réalisée par le médecin sous guidage échographique dans l’espace intermétatarsien. 2 à 3 sessions espacées de 6 semaines. Efficacité ~ 50–70 % à court terme. Peut permettre de « calmer » la période aiguë pour que la rééducation et les semelles prennent le relais.
Névrome ≥ 5 mm ou échec conservateur à 3 moisNeurolyse à l’alcool écho-guidée (alcoolisation)
Injections fractionnées d’alcool absolu dilué directement dans le névrome sous échographie. Technique ambulatoire, résultats encourageants à 70–80 % de bonne réponse dans les séries récentes. Alternative à la chirurgie pour les formes résistantes aux corticoïdes.
Alternative avant chirurgie — avis spécialisé requisNeurectomie chirurgicale (excision du névrome)
Excision chirurgicale du névrome. Abord dorsal le plus courant. Résultats à long terme bons mais risque de névrome de moignon (5–10 %). Indication réservée aux échecs de toutes les étapes conservatrices. Consultation chirurgicale orthopédique ou podiatrique.
Dernier recours — névrome > 8 mm résistantCe que les patients nous demandent
Pathologies à évoquer en différentiel ou en association
Brûlure entre les orteils ? Consultez le cabinet
Le bilan podologique permet d’identifier le névrome, d’en évaluer la taille et de concevoir une semelle avec barre métatarsienne positionnée au millimètre. Traitement conservateur en première intention.