« Mon fils avait mal au talon après chaque entraînement de foot » — la maladie de Sever
Le récit d’une prise en charge type à Bron (Lyon) : comment soulager une douleur de talon chez l’enfant sportif — sans le priver de sport et sans inquiétude inutile.
Depuis le début de la saison, les parents de Lucas remarquent qu’il se plaint régulièrement du talon. D’abord après les matchs, puis dès les entraînements. Certains soirs, il monte l’escalier sur la pointe des pieds pour éviter de poser le talon.
« Après chaque entraînement, il boitait un peu et se tenait le talon. On ne savait pas si on devait s’inquiéter, ni s’il fallait lui faire arrêter le foot. »
Inquiets, ses parents ont d’abord pensé à une fracture ou à une tendinite. Le bilan a posé un diagnostic rassurant : une maladie de Sever — une douleur de croissance du talon, fréquente chez l’enfant sportif, bénigne, et qui disparaît à la fin de la croissance.
Cas illustratif. Ce parcours est un exemple pédagogique inspiré de situations courantes rencontrées au cabinet. Il ne reproduit pas un enfant réel identifiable et ne constitue pas un avis médical individuel. Chaque situation nécessite un bilan personnalisé.
Les signes qui ont mis sur la piste
« Il a mal au talon après le sport »
Douleur du talon qui apparaît pendant ou après l’effort (football, course, danse) et se calme avec le repos. Typiquement un seul talon, parfois les deux.
« Il boite après l’entraînement »
Léger boitement en fin de séance, ou enfant qui marche sur la pointe du pied pour soulager le talon douloureux.
« Ça le gêne quand on serre le talon »
Le talon est douloureux quand on le presse sur les côtés, entre le pouce et l’index — un signe simple et caractéristique.
« Ça revient par périodes »
La douleur évolue par poussées, souvent lors des périodes où l’enfant grandit vite, puis s’atténue avant de revenir.
Pourquoi le talon de l’enfant sportif devient douloureux
Chez l’enfant, le talon contient une zone de cartilage de croissance (l’apophyse) encore fragile. Le tendon d’Achille s’y attache. Quand ce cartilage est tiraillé et comprimé de façon répétée, il s’irrite : c’est la maladie de Sever. Là encore, plusieurs facteurs se conjuguent.
Le diagnostic est clinique : l’examen et le test de compression du talon suffisent le plus souvent, sans radiographie. Voici les quatre axes explorés dans le bilan de Lucas :
La poussée de croissance
Pendant le pic de croissance, l’os s’allonge plus vite que les muscles et tendons ne s’adaptent. Le cartilage du talon devient un point de faiblesse temporaire.
Retrouvé : croissance rapide récenteLa raideur du mollet
Un mollet et un tendon d’Achille tendus tirent davantage sur le cartilage du talon à chaque appui. La mobilité de cheville est mesurée au bilan.
Retrouvé : mollet raide, cheville limitéeLe sport à impacts
Football, course, basket sur terrains durs, avec crampons à amorti minimal : chaque foulée envoie un choc répété dans le talon en croissance.
Retrouvé : foot 3×/sem, crampons platsLa posture du pied
Un pied plat ou valgus modifie l’axe du talon et augmente les tractions sur le cartilage. Analyse de la marche et de l’appui au bilan.
Retrouvé : pied valgus en appui« Il ne faut pas forcément arrêter le sport — et il n’y aura aucune séquelle »
La réaction réflexe de beaucoup de parents : « il doit arrêter le foot ». Dans la plupart des cas, ce n’est ni nécessaire ni souhaitable. Priver l’enfant de son sport est souvent vécu comme une punition, alors qu’une simple adaptation suffit généralement.
Ce qu’il faut retenir : la maladie de Sever est bénigne et transitoire. Elle ne « casse » rien, ne déforme pas le pied et ne laisse aucune séquelle. Elle disparaît d’elle-même à la fin de la croissance, quand le cartilage du talon s’ossifie.
L’objectif du traitement n’est donc pas de « guérir » plus vite — la croissance s’en charge — mais de soulager la douleur pour que l’enfant continue à bouger sereinement.
Soulager sans priver l’enfant de sport
Adapter l’activité plutôt que tout arrêter
On ajuste temporairement l’intensité et le volume selon la douleur : alléger les séances les plus douloureuses, espacer les matchs lors des poussées, sans supprimer le plaisir du sport. La douleur sert de guide.
La modulation de la charge est la base de la prise en charge de Sever.Étirer le mollet et glacer après le sport
Des étirements doux et réguliers du mollet réduisent la traction sur le talon. L’application de froid après l’effort calme l’irritation. Des gestes simples, à faire à la maison.
Étirements et glace : mesures de premier recours bien tolérées.Talonnettes amortissantes et semelles adaptées
Une talonnette d’amorti surélève légèrement le talon et diminue la tension du tendon d’Achille. Si la posture du pied le justifie (pied valgus), des semelles sur mesure corrigent l’axe et déchargent le cartilage. Remises lors d’un second rendez-vous, généralement sous 3 à 10 jours.
Les talonnettes d’amorti soulagent efficacement la douleur de Sever.Adapter le chaussage et accompagner jusqu’à la fin de croissance
Choix de chaussures de sport mieux amorties, vigilance sur les crampons trop plats, et suivi régulier le temps que la croissance se termine. La patience fait partie du traitement.
Le chaussant et le suivi limitent les récidives jusqu’à maturité osseuse.On ne « guérit » pas la maladie de Sever : la croissance s’en charge. On soulage la douleur.
Soyons clairs avec les parents : aucun traitement ne fait disparaître la maladie de Sever plus vite que la nature. Elle s’éteint d’elle-même à la fin de la croissance, quand le cartilage du talon s’ossifie. C’est une excellente nouvelle : le pronostic est toujours favorable.
Le rôle du podologue n’est donc pas de « réparer », mais de rendre les mois qui restent confortables : calmer la douleur, éviter que l’enfant ne perde le plaisir du sport, et corriger les facteurs mécaniques qui aggravent les symptômes.
Et si une douleur de talon de l’enfant sort de ce tableau — fièvre, gonflement, douleur nocturne, boiterie persistante au repos — on oriente sans attendre vers un avis médical. Reconnaître ce qui n’est pas une simple maladie de croissance fait aussi partie de notre travail.
Maladie de Sever — la fiche pathologie complète
Mécanisme détaillé, test de compression, facteurs de risque, durée et prise en charge : retrouvez toute l’information clinique sur notre page dédiée, ainsi que les autres maladies de croissance.
Mal au talon de l’enfant : vos questions
Mon enfant doit-il arrêter le sport ?
La maladie de Sever est-elle grave ?
Combien de temps ça dure ?
Faut-il faire une radio ?
Les semelles servent-elles vraiment ?
Quand faut-il s’inquiéter et consulter un médecin ?
Votre enfant se plaint du talon après le sport ?
Un bilan podologique adapté à l’enfant permet d’identifier les facteurs propres à sa situation et de le soulager — pour qu’il continue à jouer sereinement le temps que la croissance fasse son œuvre.
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