Tendinopathies
Fibulaires
Une douleur chronique derrière la malléole externe, souvent banalisée après une entorse. Seuls stabilisateurs actifs du versant externe de la cheville, les tendons fibulaires absorbent chaque contrainte en inversion — et finissent par en souffrir.
Les seuls stabilisateurs actifs externes de la cheville
Les ligaments stabilisent la cheville de façon passive — ils n’ont aucune capacité de contraction. Les tendons fibulaires, eux, sont les seuls éléments qui s’activent activement pour s’opposer à l’inversion du pied (le mouvement de l’entorse). Deux tendons, un rôle crucial : court fibulaire freine la bascule latérale, long fibulaire soutient la voûte. Ils courent tous deux derrière la malléole externe dans un couloir de friction — c’est là que la souffrance commence.
Vue latérale pied droit · schéma des tendons fibulaires (court = orange, long = vert) derrière la malléole externe
Court fibulaire
- Rôle principal
- Freine le basculement du pied vers l’intérieur (éversion active)
- Quand s’active-t-il ?
- À chaque appui instable, chaque réception, chaque virage
- Atteinte typique
- Déchirure longitudinale (fissure dans la longueur), subluxation
- Signal d’alarme
- Claquement répété côté malléole externe
Long fibulaire
- Rôle principal
- Stabilise la voûte médiale et participe à la propulsion
- Quand s’active-t-il ?
- À la phase d’appui terminal, lors des montées, à la marche rapide
- Atteinte typique
- Ténosynovite (inflammation de la gaine), syndrome os péroneum
- Signal d’alarme
- Douleur bord latéral du pied, jusque sous la voûte
Lien fort avec l’instabilité chronique de cheville
Les ligaments latéraux de la cheville (faisceau antérieur = LTFA) ont pour rôle de stabiliser passivement l’articulation. Après une entorse, s’ils ne cicatrisent pas complètement, la cheville devient instable. Les tendons fibulaires — seuls stabilisateurs actifs disponibles — prennent alors le relais à chaque appui. Ce surinvestissement permanent, multiplié par des années d’instabilité, est l’un des principaux mécanismes de la tendinopathie fibulaire.
Une tendinopathie fibulaire qui récidive sans cause évidente doit faire rechercher une instabilité chronique sous-jacente (LTFAI).
associées à une instabilité
l’instabilité n’est pas traitée
Pourquoi ces tendons souffrent-ils ?
Toute situation qui multiplie les contraintes en inversion ou qui maintient les fibulaires en tension permanente peut déclencher la tendinopathie.
Entorses à répétition
Cause la plus fréquente. Chaque entorse en inversion impose une traction brutale aux fibulaires. Les microtraumatismes cumulés s’installent en tendinopathie chronique.
Pied varus / creux
Un pied supinateur place les fibulaires en tension permanente. Ils travaillent sans cesse contre un axe biomécanique défavorable — même à la marche normale.
Surcharge sportive
Augmentation brutale du volume chez les coureurs, traileurs, basketteurs. Les tendons fibulaires se contractent à chaque appui sur terrain instable.
Trail & terrain irrégulier
Sentiers, pierres, dévers : les microcontraintes en inversion-éversion s’accumulent. Le trail est la pratique à plus haut risque pour ces tendons.
Instabilité chronique (LTFAI)
Une cheville instable oblige les fibulaires à suppléer les ligaments défaillants. Ce surinvestissement finit par dépasser leur capacité de récupération.
Chaussure inadaptée
Manque de maintien latéral, semelle trop rigide ou drop inadapté contraignent les fibulaires lors de chaque appui — surtout en terrain variable.
Comment reconnaître une tendinopathie fibulaire ?
La douleur rétro-malléolaire latérale est le signe cardinal — derrière la malléole externe, pas devant. Contrairement à l’Achille ou au tendon rotulien, les fibulaires ne font pas de tendinose classique (dégénérescence interne) : leur pathologie typique est la ténosynovite, puis la déchirure longitudinale, puis la subluxation.
- Douleur derrière la malléole externe
- Douleur à l’inversion forcée
- Gonflement rétro-malléolaire
- Claquement ou glissement
- Raideur matinale
- Douleur bord latéral du pied
Déchirure longitudinale et subluxation : ne pas attendre
Déchirure longitudinale du court fibulaire
Fissure dans le sens de la longueur — caractéristique de ce tendon. Confirmée à l’échographie ou à l’IRM. Peut nécessiter une réparation chirurgicale si la déchirure dépasse 50 % de la surface de section.
Subluxation
Le tendon sort de sa rainure rétro-malléolaire à chaque flexion dorsale. Le rétinaculum supérieur est rompu. Instabilité réelle, souvent traitée chirurgicalement si persistante.
Le rôle du podologue
Dans les formes non compliquées (ténosynovite, début de déchirure stable), la prise en charge podologique est centrale : elle corrige la cause biomécanique, réduit la mise en tension des tendons et accompagne la reprise.
Bilan podologique et baropodométrie
Analyse de la morphologie du pied (varus ? creux ?), mesure des pressions plantaires en statique et dynamique, évaluation de l’axe calcanéen. Objectif : quantifier le degré de supination fonctionnelle et identifier si une instabilité est associée.
Semelles orthopédiques avec coin latéral
L’élément clé du traitement conservateur. Un coin supinateur corrige l’axe calcanéen et réduit la mise en tension passive des fibulaires. Réalisées sur mesure en deux rendez-vous — bilan et empreintes au premier, remise des semelles généralement sous 3 à 10 jours.
Conseil chaussage et maintien latéral
Sélection d’une chaussure offrant un soutien latéral adapté (quarter rigide, tige haute si instabilité). Évaluation de la chaussure actuelle et recommandations selon la pratique sportive.
Coordination avec la kinésithérapie
Renforcement excentrique et concentrique des éverseurs (programme 8–12 semaines), rééducation proprioceptive de la cheville — indispensable si instabilité associée. Massages transverses profonds en phase subaiguë.
Gestion de la charge sportive
Réduction des surfaces irrégulières, substitution partielle de la course par vélo ou natation. Reprise progressive sur terrain stable, avec suivi de la douleur (EVA). Retour au trail ou sports pivotants en dernier.
Taping fibulaire en phase aiguë
Un strapping kinésiologique ou taping rigide latéral peut soulager significativement dès les premiers jours — il décharge mécaniquement les tendons fibulaires et limite l’inversion douloureuse. Efficace en complément des semelles, insuffisant seul sur le long terme.
Ce que demandent les patients
Douleur chronique derrière la malléole externe ?
Un bilan podologique identifie la cause biomécanique et agit avant que la tendinopathie ne s’installe durablement. Cabinet Olagnier à Bron, accessible depuis Lyon.
Cabinet Olagnier · Podologue-pédicure · 69 Bron (Lyon) · 04 72 37 17 31