Coxarthrose
et podologie
La coxarthrose use prématurément le cartilage de la hanche. Une part de cette usure résulte de contraintes mécaniques corrigeables. Le podologue intervient sur ce levier biomécanique, sans promesse de guérison, mais avec des données probantes.
En un coup d’œil
- Arthrose de l’articulation coxo-fémorale
- Usure progressive du cartilage
- 1re cause de handicap de hanche après 50 ans
- Facteur aggravant : inégalité des membres
- Rôle podologique : réduire la contrainte mécanique
- Semelles orthopédiques sur mesure
Qu’est-ce que la coxarthrose ?
La coxarthrose est l’arthrose de la hanche, c’est-à-dire la dégradation progressive du cartilage articulaire qui recouvre la tête du fémur et le cotyle (acétabulum). Lorsque ce cartilage s’amincit, les surfaces osseuses se rapprochent, génèrent de la douleur et limitent l’amplitude de l’articulation.
Cette pathologie touche environ 5 % de la population après 50 ans et reste la première cause de remplacement prothétique de hanche. Elle peut être primitive (usure liée à l’âge) ou secondaire à une dysplasie, une nécrose avasculaire, une épiphysiolyse de l’adolescence, ou — plus souvent qu’on ne le croit — à une inégalité de longueur des membres inférieurs (ILMI) non compensée.
L’ILMI, même modeste (entre 5 et 15 mm), modifie l’orientation du bassin et crée une inclinaison de la tête fémorale dans le cotyle. À terme, cette asymétrie de charge accélère l’usure du cartilage du côté court. C’est précisément ce mécanisme que le podologue peut moduler.
Quand consulter en urgence (médecin / urgences) :
- Douleur de hanche soudaine et intense sans traumatisme connu
- Fièvre associée à une douleur de hanche (arthrite septique)
- Impossibilité totale de mise en charge
- Traumatisme chez une personne âgée (fracture du col à exclure)
Ces situations relèvent d’une prise en charge médicale immédiate, pas d’un bilan podologique.
Deux mécanismes sur lesquels le podologue agit
La hanche supporte des forces de réaction articulaire considérables — de 3 à 5 fois le poids du corps à la marche, jusqu’à 8 fois au jogging. Modifier les conditions de transmission de ces forces est l’objectif central de la prise en charge podologique.
1 — Inégalité de longueur des membres (ILMI)
Même une différence de 8 à 12 mm entre les deux jambes suffit à incliner le bassin du côté court. Cette inclinaison déplace le centre de pression de la tête fémorale vers la zone portante du cotyle, augmentant localement la contrainte sur le cartilage. La compensation par rehaussement talonnier (élévation au sein de la semelle ou talonnette externe) rééquilibre l’horizontalité pelvienne et distribue la charge plus uniformément.
2 — Désaxation sous-talienne et pronation excessive
Un pied en valgus (pronation excessive) entraîne une rotation interne du tibia et du fémur, modifiant l’orientation de la tête fémorale dans le cotyle. À l’inverse, un pied supinateur peut accentuer les contraintes en varus de hanche. La semelle orthopédique — par ses éléments de contrôle de la sous-talienne — peut moduler la chaîne de rotation et réduire la contrainte excentrée sur le cartilage.
Le bilan podologique pour la coxarthrose
Le bilan ne se résume pas à mesurer une jambe plus courte. Il cherche à objectiver la chaîne mécanique complète et à vérifier que la compensation proposée ne crée pas de déséquilibre ailleurs.
Anamnèse et lecture des imageries
Localisation et ancienneté des douleurs, antécédents chirurgicaux, radiographies disponibles (pincement articulaire, ostéophytes, orientation du cotyle). Les clichés debout en charge sont plus informatifs que les examens allongés pour évaluer l’axe mécanique réel.
Mesure clinique et podométrique de l’ILMI
Mesure des membres au mètre-ruban (épine iliaque antéro-supérieure → malléole interne), confirmée sur plateforme baropodométrique. L’objectif est de distinguer l’inégalité réelle (anatomique) d’une inégalité fonctionnelle liée à une rétraction musculaire ou à une obliquité pelvienne.
Analyse posturale et analyse de la marche
Observation du schéma de marche (boiterie de Trendelenburg, durée d’appui asymétrique), analyse baropodométrique dynamique, évaluation de l’axe rachidien. On s’assure que la correction ne compromet pas l’axe occipital ni le carrefour lombosacré.
Fabrication des semelles orthopédiques sur mesure
Réalisées en résine EVA ou composite thermoformé, avec éléments de compensation d’ILMI, contrôle sous-talien et éventuel déroulé du pas optimisé. Les semelles sont remises lors d’un second rendez-vous, généralement sous 3 à 10 jours.
Suivi et réévaluation
Contrôle à 4–6 semaines : ressenti, observation de la marche, baropodométrie de contrôle si nécessaire. Ajustement possible de la hauteur de compensation ou des éléments de correction. Un suivi annuel est ensuite recommandé, en lien avec le rhumatologue ou le chirurgien orthopédiste.
Ce que la littérature dit — et ne dit pas
Les données probantes suggèrent que la correction orthopédique de l’ILMI peut réduire la charge asymétrique sur la hanche et améliorer le confort à la marche chez les patients coxarthrosiques. Plusieurs essais cliniques observent une réduction des scores de douleur (WOMAC, VAS) avec port de semelles vs groupe contrôle.
La podologie ne guérit pas la coxarthrose, n’arrête pas la progression radiologique et ne remplace pas la décision chirurgicale lorsqu’elle s’impose. Elle s’inscrit dans une prise en charge multimodale (kinésithérapie, rhumatologie, chirurgie orthopédique) en traitant le versant biomécanique du pied et du membre inférieur.
Repères cliniques et pratiques
Ce que nos patients nous demandent
Les semelles orthopédiques peuvent-elles remplacer la prothèse de hanche ?
Non. Lorsque la coxarthrose est évoluée (stade radiologique 3-4, pincement majeur, douleurs invalidantes), la prothèse totale de hanche reste le traitement de référence. Les semelles orthopédiques interviennent en amont, pour ralentir l’évolution mécanique ou améliorer le confort dans les stades modérés, et en aval, pour optimiser la répartition des charges après la pose d’une prothèse.
Comment savoir si j’ai une inégalité de longueur des membres ?
La plupart des gens ne le savent pas spontanément. Une boiterie légère, une usure asymétrique des chaussures, une lombalgie d’un côté, ou la mention sur un bilan de kinésithérapie sont souvent les premiers indices. Le bilan podologique comprend une mesure clinique et une analyse sur plateforme baropodométrique qui objectivent cette asymétrie précisément.
Suis-je remboursé(e) pour des semelles dans le cadre d’une coxarthrose ?
Les semelles orthopédiques réalisées par un pédicure-podologue sont prises en charge par l’Assurance Maladie sur prescription médicale. La cotation applicable est le code LPP correspondant aux orthèses plantaires. Le remboursement est de 60 % du tarif de convention, le reste pouvant être pris en charge par la mutuelle selon votre contrat. N’hésitez pas à demander à votre médecin traitant ou rhumatologue une ordonnance en amont du bilan.
Faut-il une prescription médicale pour consulter ?
Non, la consultation podologique est accessible sans ordonnance. Toutefois, pour bénéficier du remboursement Sécurité sociale sur les semelles, une prescription médicale est nécessaire. Si vous venez sans ordonnance, nous pouvons vous remettre un compte-rendu à transmettre à votre médecin pour qu’il vous prescrive ensuite les orthèses.
Quels professionnels de santé dois-je voir en parallèle ?
La prise en charge de la coxarthrose est multimodale. Le rhumatologue ou le médecin traitant posent le diagnostic et gèrent le traitement médical (AINS, infiltrations). Le kinésithérapeute travaille sur le renforcement musculaire péri-articulaire et la mobilité. Le chirurgien orthopédiste est consulté lorsque la décision prothétique se pose. Le podologue intervient spécifiquement sur le versant biomécanique du pied et du membre inférieur. Ces prises en charge sont complémentaires et non exclusives.
Est-ce qu’une semelle peut aggraver ma coxarthrose ?
Une semelle mal adaptée ou une compensation excessive de l’ILMI peut effectivement déplacer la contrainte vers une autre articulation (genou, rachis lombaire). C’est pourquoi la prescription d’une compensation ne repose pas sur une simple mesure, mais sur un bilan postural complet qui vérifie l’impact de la correction sur l’ensemble de la chaîne. Un suivi à 4–6 semaines permet d’ajuster si nécessaire.
Prendre en charge la coxarthrose par le levier biomécanique
Un bilan podologique complet pour objectiver votre ILMI, analyser votre appui et, si cela est indiqué, fabriquer des semelles orthopédiques sur mesure adaptées à votre hanche.