Syndrome de Sinding-Larsen-Johansson
Podologue à Lyon / Bron
Douleur sous la rotule — pas à la bosse du tibia — chez votre enfant sportif ? Ce n’est pas Osgood-Schlatter. La logique de traitement est la même : doser la charge, pas interdire le sport.
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Comprendre la pathologie
Même tendon, autre extrémité
Le tendon rotulien relie la rotule au tibia. Son extrémité inférieure s’attache sur la tubérosité tibiale antérieure — c’est là qu’agit la maladie d’Osgood-Schlatter →. Son extrémité supérieure prend naissance sur le pôle inférieur de la rotule — c’est là qu’agit le syndrome de Sinding-Larsen-Johansson.
Pendant la croissance, ce pôle inférieur est encore en cours d’ossification. Les tractions répétées du tendon sur ce cartilage immature provoquent une irritation locale, un gonflement et parfois une fragmentation osseuse visible à la radiographie.
Bonne nouvelle : comme toutes les apophysites de croissance, le syndrome de Sinding-Larsen-Johansson est auto-limité. Il disparaît à la fin de la croissance. L’enjeu est de traverser cette période sans arrêt sportif prolongé ni complication.
Qui est concerné ?
Profil type
- Garçons 10–13 ans, filles 8–12 ans — légèrement plus jeunes qu’Osgood-Schlatter
- Sports avec sauts répétés, sprints et changements de direction : basketball, volleyball, football, athlétisme
- Souvent confondu avec Osgood-Schlatter — la localisation de la douleur tranche : sous la rotule et non sur la bosse du tibia
- Parfois bilatéral
- Enfants en plein pic de croissance avec fort volume d’entraînement
La douleur est déclenchée à la palpation du pôle inférieur de la rotule, aux sauts, à la descente des escaliers et à la flexion contrariée. Elle disparaît généralement au repos.
Repères diagnostiques
Sinding-Larsen-Johansson ou Osgood-Schlatter ?
Les deux pathologies coexistent parfois chez le même enfant. La distinction repose sur un critère simple : où est la douleur maximale ?
| Critère | Sinding-Larsen-Johansson | Osgood-Schlatter |
|---|---|---|
| Siège de la douleur | Pôle inférieur de la rotule | Tubérosité tibiale antérieure (bosse du tibia) |
| Âge de survenue | 8–13 ans | 10–15 ans |
| Palpation douloureuse | Sous la rotule, à son bord inférieur | Sur la bosse tibiale palpable |
| Aspect radiologique | Fragmentation / irrégularité du pôle inférieur rotulien | Fragmentation / calcification de la TTA |
| Traitement principal | Identique : gestion de la charge sous le seuil douloureux | |
Traitement — ce qui fait vraiment la différence
Quantifier la charge pour rester sous le seuil de douleur
L’arrêt total n’est pas la réponse. Les données actuelles sur les apophysites du genou adolescent — dont les travaux de Rathleff et collaborateurs — suggèrent que maintenir une activité dosée favorise l’adaptation tissulaire progressive. Un arrêt prolongé ne fait que retarder la reprise sans accélérer la guérison.
Le levier central est la quantification du stress mécanique : ajuster le volume et l’intensité pour rester sous le seuil douloureux à chaque séance. C’est un travail de dosage précis, pas d’interdiction.
Entraînement maintenu
Douleur ≤ 3 / 10 pendant l’effort, disparue en moins de 24 h après
On continue, on adapte la charge progressivement
Charge à réduire
Douleur entre 4 et 6 / 10, ou persistante le lendemain
Réduire le volume (−30 %), maintenir les activités non douloureuses
Pause courte
Douleur ≥ 7 / 10, ou douleur de repos nocturne
Repos relatif 48–72 h, puis reprise progressive depuis la zone verte
Éviter les pics de charge brutaux
Stages intensifs, tournois condensés, reprise après vacances sans progressivité — ce sont les principaux déclencheurs de poussée. Progressivité maximale : +10 % de volume par semaine.
Alternatives pendant les phases chaudes
Natation, vélo (selle haute pour limiter la flexion du genou), renforcement en position non douloureuse — pour maintenir la condition physique sans charger la rotule.
Renforcement progressif du quadriceps
Le travail excentrique (decline squat à angle modéré) peut moduler la tolérance tendino-apophysaire une fois la phase aiguë passée — à introduire graduellement.
Rôle du podologue
Ce que les semelles peuvent apporter
Les semelles orthopédiques jouent un rôle complémentaire dans la prise en charge du syndrome de Sinding-Larsen-Johansson. Leur intérêt repose sur des mécanismes biomécaniques plausibles :
- Talonnette de surélévation : en réduisant l’angle de flexion fonctionnel du genou à l’appui, elle peut atténuer la tension exercée par le tendon rotulien sur le pôle inférieur de la rotule.
- Correction d’un désaxement des membres inférieurs : un valgus subtalar excessif ou un antépied varus peut amplifier les contraintes en torsion sur la rotule à chaque foulée — l’orthèse s’y adresse directement.
- Amortissement : la réduction des pics d’impact peut limiter les contraintes transmises à la chaîne rotulienne lors de la réception des sauts.
Les données EBP spécifiques au SLJ restent limitées. La prescription d’orthèses se justifie lorsqu’un facteur biomécanique aggravant est identifié au bilan podologique.
Déroulement
Comment se déroule la prise en charge ?
Le bilan inclut une analyse de la marche et de la course, une évaluation de l’axe fémoro-tibial, de la torsion fémorale et tibiale, et une baropodométrie pour objectiver les zones de surpression plantaire. La palpation du pôle inférieur de la rotule permet de quantifier la sensibilité locale.
Si une orthèse est indiquée, les semelles sont fabriquées sur mesure et remises lors d’un second rendez-vous, généralement sous 3 à 10 jours.
L’objectif n’est pas de supprimer toute contrainte sur le tendon rotulien, mais de réduire les facteurs d’amplification mécanique pendant la période de vulnérabilité liée à la croissance.
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Complications possibles si la charge n’est pas contrôlée
Dans la grande majorité des cas, le syndrome de Sinding-Larsen-Johansson se résout sans séquelle à la fin de la croissance. Deux situations méritent d’être connues :
Fragmentation et ossification du pôle inférieur de la rotule : une traction excessive et répétée peut provoquer une fragmentation du pôle inférieur, visible à la radiographie. Dans certains cas, un ossicule se forme à l’intérieur du tendon rotulien à son origine, pouvant persister à l’âge adulte et être responsable de douleurs chroniques à l’effort ou à la palpation directe.
Évolution vers une tendinopathie rotulienne chronique : lorsque les signaux douloureux sont ignorés de façon prolongée pendant l’adolescence, le tendon rotulien peut développer des remaniements structuraux (dégénérescence tendineuse) qui persistent à l’âge adulte, indépendamment de la croissance. La gestion de la charge pendant la période apophysaire est le meilleur moyen de prévenir cette évolution.
Questions fréquentes
Ce que les parents nous demandent le plus souvent
Quelle est la différence avec Osgood-Schlatter ?
La localisation de la douleur. Dans le syndrome de Sinding-Larsen-Johansson, la douleur est sous la rotule (pôle inférieur). Dans la maladie d’Osgood-Schlatter, elle est sur la bosse du tibia (tubérosité tibiale antérieure). Les deux touchent le même tendon rotulien, mais à ses deux extrémités opposées. Le traitement principal — gestion de la charge mécanique — est identique.
Faut-il arrêter le sport complètement ?
Non, sauf douleur ≥ 7/10 ou douleur de repos. L’arrêt total n’accélère pas la guérison et dégrade la condition physique. Le principe est d’ajuster le volume d’effort pour rester sous le seuil douloureux : ≤ 3/10 pendant l’effort, résolu en moins de 24 h après.
Combien de temps dure ce syndrome ?
Généralement de 6 à 18 mois, jusqu’à la fin de l’ossification du pôle inférieur de la rotule. Avec une gestion adaptée de la charge, la majorité des adolescents restent sportifs tout au long de cette période.
Faut-il faire une radio ou une IRM ?
Le diagnostic est souvent clinique (douleur à la palpation du pôle inférieur de la rotule, contexte de croissance et de sport intense). Une radiographie peut montrer une irrégularité ou une fragmentation du pôle inférieur et aide à exclure d’autres causes. L’IRM est rarement nécessaire en première intention, sauf présentation atypique.
Mon enfant peut-il jouer en compétition malgré la douleur ?
Si la douleur reste ≤ 3/10 en match et disparaît dans les 24 heures, la compétition est généralement tolérable. Au-delà de ce seuil ou en cas de persistance le lendemain, il vaut mieux adapter le temps de jeu plutôt que de forcer sur plusieurs semaines — au risque d’aggraver l’irritation apophysaire.
Les semelles suffisent-elles à traiter ce syndrome ?
Non. Les semelles sont un outil complémentaire utile lorsqu’un facteur biomécanique aggravant est identifié. Elles ne remplacent pas la gestion de la charge mécanique, qui reste le pilier du traitement.
Votre enfant a mal sous la rotule en faisant du sport ?
Un bilan podologique permet d’évaluer les contraintes mécaniques sur le genou en croissance et de proposer un protocole de charge adapté au niveau sportif de votre enfant.
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