Tendinopathie
du psoas
Le psoas est le principal fléchisseur de hanche — celui qui active à chaque pas, à chaque montée d’escalier, à chaque reprise d’accélération. Quand son tendon est surchargé, la douleur s’installe profondément à l’aine. La correction des facteurs biomécaniques du membre inférieur fait partie de la réponse.
En un coup d’œil
- Tendon de l’iliopsoas — insertion au petit trochanter
- Douleur inguinale profonde à la flexion de hanche
- Ressaut interne possible (coxa saltans interna)
- Sportifs en flexion répétitive : coureurs, cyclistes, danseurs
- Facteurs aggravants : ILMI, antéversion pelvienne, pronation
- Rôle podologique : alléger la contrainte sur le tendon
Qu’est-ce que la tendinopathie du psoas ?
Le muscle iliopsoas — formé du psoas major (colonne lombaire) et du muscle iliaque (fosse iliaque) — converge en un tendon commun qui plonge vers l’avant de la hanche et s’insère sur le petit trochanter du fémur. En chemin, il passe au-dessus de l’éminence iliopectinée et du bord antérieur de l’articulation de la hanche. Ce trajet fait du tendon de l’iliopsoas une structure soumise à la fois à des contraintes de traction et, dans certaines positions, à des contraintes de compression.
La tendinopathie du psoas est une surcharge tendineuse qui survient lorsque les charges répétées en flexion de hanche dépassent la capacité d’adaptation du tendon. Elle est fréquente chez les sportifs pratiquant des gestes en flexion répétée : coureurs (phase d’attaque du pas), cyclistes (pédalage), nageurs (crawl et brasse), footballeurs (tir) et danseurs classiques. Elle peut s’accompagner d’un ressaut iliopsoas (coxa saltans interna) — un claquement audible ou palpable à l’aine lors de certains mouvements, causé par le glissement brusque du tendon sur l’éminence osseuse.
Un facteur biomécanique souvent sous-évalué est l’antéversion chronique du bassin — commune dans les modes de vie sédentaires modernes. Un bassin basculé vers l’avant maintient le psoas dans une position de raccourcissement relatif qui augmente les contraintes au niveau de la jonction musculotendineuse et de l’insertion trochantérienne. L’inégalité de longueur des membres (ILMI) et la pronation excessive du pied contribuent à cette antéversion de manière directe.
Signes nécessitant une consultation médicale rapide :
- Douleur inguinale brutale après un effort violent chez un adolescent sportif (avulsion du petit trochanter — urgence orthopédique)
- Fièvre + douleur inguinale ou lombaire profonde intense (abcès du psoas — urgence infectieuse)
- Douleur nocturne intense avec amaigrissement inexpliqué (tumeur à éliminer)
- Masse palpable à l’aine qui augmente à la toux (hernie inguinale à évaluer)
Ne pas confondre avec :
- Pubalgie / hernie sportive : douleur plus médiale, au niveau de la symphyse pubienne, aggravée par les adductions contrariées
- Déchirure du labrum acétabulaire : douleur profonde en C à l’aine, test FADIR positif, souvent un clic intra-articulaire — diagnostic par IRM avec arthrographie
- Cruralgie : irradiation neurogène (fourmillements, déficit sensitif) sur la face antérieure de cuisse, signe de Léri positif
- Coxarthrose débutante : raideur matinale, limitation de la rotation interne, image radiologique évocatrice
Comment le pied et le membre inférieur surchargent-ils le tendon du psoas ?
Le psoas travaille à chaque pas. Sa charge dépend directement de l’orientation du bassin dans le plan sagittal et frontal — deux paramètres que le pied influence en permanence via la chaîne cinétique ascendante.
1 — Hyperpronation et antéversion pelvienne
Un pied en pronation excessive entraîne une rotation interne du tibia et du fémur, et favorise une bascule antérieure du bassin (antéversion). Cette antéversion maintient chroniquement le psoas dans une position raccourcie : or un tendon en raccourcissement répété, soumis à des charges en flexion lors de la marche ou du sport, développe plus facilement une réaction tendineuse. En corrigeant la pronation via la semelle orthopédique, on peut réduire l’antéversion posturale et alléger la contrainte permanente sur la jonction musculotendineuse du psoas.
2 — ILMI et recrutement asymétrique du psoas
Lors de la marche, le psoas élève le membre inférieur en phase oscillante (swing). Sur le membre long d’une ILMI, la hanche doit accomplir une amplitude de flexion légèrement supérieure pour dégager le sol — ce qui augmente le recrutement du psoas homolatéral à chaque enjambée. Sur le membre court, le psoas travaille en revanche sous tension accrue lors de la phase d’appui en raison de la bascule pelvienne compensatrice. Dans les deux cas, l’asymétrie crée une surcharge tendineuse unilatérale chronique que la compensation podologique de l’ILMI peut moduler.
Le bilan podologique pour la tendinopathie du psoas
Le bilan cherche à quantifier la contribution mécanique du membre inférieur à la surcharge du tendon. Il s’articule avec la prise en charge kinésithérapeutique, qui reste indispensable pour la gestion de la charge tendineuse.
Anamnèse sportive et fonctionnelle
Activités pratiquées, volume d’entraînement, contexte d’apparition des douleurs (reprise brusque, changement de surface, augmentation soudaine du kilométrage). L’ancienneté des symptômes et l’existence d’un ressaut orientent le degré d’irritabilité tendineuse et guident le niveau de charge tolérable pour la rééducation simultanée.
Évaluation de l’antéversion pelvienne et de la lordose lombaire
Observation en charge de l’axe sagittal du rachis et du bassin, test de Thomas modifié pour évaluer la rétraction des fléchisseurs de hanche. Un bassin antéversé avec hyperlordose lombaire associée est le principal facteur postural aggravant — il prépositionne le psoas en raccourcissement à chaque appui.
Analyse baropodométrique et mesure de l’ILMI
Analyse statique et dynamique de la répartition des pressions plantaires, mesure de la pronation de l’arrière-pied, durée relative d’appui sur chaque membre. Mesure clinique de l’ILMI croisée avec les données baropodométriques pour distinguer l’inégalité anatomique de l’inégalité fonctionnelle liée aux rétractions musculaires.
Fabrication des semelles orthopédiques sur mesure
Les éléments correcteurs ciblent la pronation sous-talienne (coins d’arrière-pied, soutien de l’arche médiale) pour limiter l’antéversion pelvienne induite, et si l’ILMI est avérée, un rehaussement talonnier progressif pour rééquilibrer la sollicitation des deux psoas. Les semelles sont remises lors d’un second rendez-vous, généralement sous 3 à 10 jours.
Suivi et coordination avec la kinésithérapie
Contrôle à 4–6 semaines avec réévaluation posturale et ajustement si nécessaire. La kinésithérapie est indispensable en parallèle : travail de renforcement excentrique du psoas, assouplissement des fléchisseurs de hanche, correction du pattern de marche et de la technique sportive. La semelle réduit la contrainte mécanique à chaque appui ; la rééducation reconstruit la tolérance à la charge du tendon.
Ce que la littérature dit — et ne dit pas
La tendinopathie du psoas, moins étudiée que les tendinopathies d’Achille ou rotulienne, suit les mêmes principes issus du continuum de Cook & Purdam : réduire la charge compressive et de traction en phase réactive, puis reconstruire progressivement la capacité de charge du tendon. Le renforcement excentrique et les protocoles de charge lente et progressive (heavy slow resistance) constituent le traitement de référence.
L’action de la semelle orthopédique sur l’antéversion pelvienne et l’asymétrie de recrutement du psoas repose sur une plausibilité biomécanique documentée pour les lombalgies et les pathologies de hanche, mais les études spécifiques à la tendinopathie du psoas restent rares. La semelle est un outil d’optimisation mécanique — pas un traitement isolé.
Pour le ressaut iliopsoas douloureux (coxa saltans interna), les infiltrations échoguidées autour du tendon et la rééducation spécifique ont des données de niveau II-III. La chirurgie (allongement du tendon) est exceptionnelle et réservée aux formes réfractaires après au moins 6 mois de traitement conservateur bien conduit.
Repères cliniques et pratiques
Ce que nos patients nous demandent
Qu’est-ce qu’un ressaut de hanche (coxa saltans) et est-ce grave ?
Le ressaut de hanche est un claquement ou une sensation de « saut » perçue à l’aine lors de certains mouvements, notamment lors du passage de la flexion à l’extension. Dans la majorité des cas, il s’agit du tendon de l’iliopsoas qui glisse brusquement sur l’éminence iliopectinée — c’est le ressaut interne. Il est souvent bénin et asymptomatique. Il devient problématique lorsqu’il est douloureux, répétitif ou associé à une inflammation tendineuse. Une échographie permet de confirmer l’origine et d’évaluer l’état du tendon.
Étirer le psoas est-il utile ou contre-productif en cas de tendinopathie ?
C’est une question nuancée. Dans la phase réactive (tendinopathie aiguë), les étirements en bout d’amplitude — qui mettent le tendon sous tension maximale — peuvent aggraver la douleur. Dans les phases moins irritables, un assouplissement doux des fléchisseurs de hanche peut contribuer à réduire l’antéversion pelvienne et la tension de repos sur le tendon. La kinésithérapie permet de déterminer à quel moment et comment introduire les étirements de façon sécuritaire.
Puis-je continuer à courir ou à faire du vélo avec une tendinopathie du psoas ?
La règle est la même que pour toute tendinopathie : rester sous le seuil douloureux. Une douleur légère (1-3/10) pendant l’effort et qui disparaît dans l’heure suivante est tolérable. Une douleur qui s’aggrave pendant l’activité ou qui persiste le lendemain signale une surcharge. En pratique, réduire le volume et la vitesse, éviter les montées et les sprints en phase aiguë, et adapter la position de selle au vélo (selle trop haute augmente la flexion de hanche en fin de pédalage).
Comment le podologue peut-il agir sur une douleur profonde à l’aine ?
La douleur à l’aine liée au psoas est entretenue par la surcharge répétée de son tendon à chaque pas. Deux facteurs mécaniques accessibles depuis le pied contribuent à cette surcharge : la pronation excessive, qui génère une antéversion du bassin et maintient le psoas dans une tension chronique, et l’ILMI, qui crée une asymétrie de recrutement entre les deux psoas. En corrigeant ces paramètres via la semelle, on réduit la charge à laquelle le tendon est soumis des milliers de fois par jour — sans agir directement sur la douleur, mais en éliminant un facteur qui l’entretient.
Faut-il une échographie avant de consulter en podologie ?
L’échographie n’est pas un prérequis au bilan podologique. Elle est utile pour confirmer le diagnostic (épaississement tendineux, bursopathie iliopectinée, ressaut documenté), éliminer une déchirure ou une lésion du labrum acétabulaire, et guider une éventuelle infiltration. Si votre médecin vous en a prescrit une, apportez le compte rendu lors de votre consultation. En l’absence d’échographie, le bilan clinique est souvent suffisant pour initier la correction mécanique.
Suis-je remboursé(e) pour les semelles orthopédiques dans ce contexte ?
Oui, sur prescription médicale (médecin traitant, médecin du sport ou rhumatologue). Les semelles orthopédiques réalisées par un pédicure-podologue sont remboursées à 60 % du tarif de convention Sécurité sociale, le solde pouvant être couvert par votre complémentaire santé. La consultation podologique elle-même peut être effectuée sans ordonnance ; la prescription est nécessaire uniquement pour le remboursement des orthèses.
Analyser les facteurs mécaniques impliqués dans votre douleur à l’aine
Un bilan podologique complet — posture, baropodométrie, mesure de l’ILMI — pour identifier la contribution du membre inférieur à la surcharge du psoas et, si indiqué, fabriquer des semelles sur mesure adaptées à votre pratique.