Tendinopathie
du moyen fessier
La tendinopathie du moyen fessier est la première cause de douleur externe persistante de la hanche chez l’adulte. Elle résulte d’une surcharge mécanique sur le tendon — dont une partie est corrigible via une action sur le pied et le membre inférieur.
En un coup d’œil
- Douleur externe de hanche (grand trochanter)
- 3 fois plus fréquente chez la femme
- Pic d’incidence : 40–65 ans
- Mécanisme : surcharge compressive du tendon
- Facteurs aggravants : pronation, ILMI, Trendelenburg
- Rôle podologique : réduire les contraintes biomécaniques
Qu’est-ce que la tendinopathie du moyen fessier ?
Le muscle moyen fessier est le principal abducteur de hanche — il stabilise le bassin dans le plan frontal à chaque pas et absorbe l’essentiel des contraintes lors de la phase d’appui unipodal. Son tendon s’insère sur la face latérale du grand trochanter (saillie osseuse externe de la hanche). Lorsque ce tendon est soumis à des charges répétées trop intenses ou trop fréquentes, il entre dans un processus de tendinopathie : les fibres de collagène se réorganisent de façon désordonnée, le tendon perd en élasticité et devient douloureux.
La tendinopathie du moyen fessier appartient au spectre du syndrome douloureux trochantérien (SDT, ou GTPS en anglais — Greater Trochanteric Pain Syndrome). Ce terme regroupe les douleurs latérales de hanche d’origine tendineuse et bursale, souvent associées dans la pratique clinique. La compréhension actuelle, issue notamment des travaux de Grimaldi & Fearon (JOSPT, 2015), place la compression du tendon contre le grand trochanter — plus que la traction pure — au cœur du mécanisme lésionnel. Tout facteur qui augmente l’adduction relative de la hanche en appui (pronation excessive du pied, inégalité de longueur des membres, faiblesses musculaires) majore cette compression.
Cette pathologie est 3 fois plus fréquente chez la femme, avec un pic entre 40 et 65 ans. Elle est souvent banalisée ou confondue avec une arthrose débutante, alors qu’elle répond bien à une prise en charge spécifique combinant gestion de la charge, kinésithérapie et correction des facteurs mécaniques.
Quand consulter en urgence (médecin / urgences) :
- Douleur latérale de hanche survenant après un traumatisme (fracture avulsion du grand trochanter)
- Douleur nocturne intense avec altération de l’état général, amaigrissement (tumeur osseuse à exclure)
- Fièvre associée à une chaleur locale et une impotence fonctionnelle rapide (arthrite septique)
- Irradiation jusqu’au genou avec déficit moteur ou sensitif du membre inférieur (atteinte radiculaire L4-L5)
Ces signes orientent vers une cause médicale grave qui nécessite un avis médical urgent, pas un bilan podologique.
Les deux leviers mécaniques sur lesquels le podologue intervient
La tendinopathie du moyen fessier est une pathologie de compression : le tendon est écrasé entre le trochanter et le fascia lata à chaque fois que la hanche passe en adduction relative. Réduire ce mécanisme compressif passe par une analyse précise de la chaîne mécanique depuis le pied.
1 — Pronation excessive et rotation interne fémorale
Un pied en pronation excessive entraîne une rotation interne du tibia, qui se propage au fémur. Cette rotation interne du fémur en appui augmente le moment d’adduction de hanche : la tête fémorale s’incline vers le dedans, le grand trochanter se rapproche du fascia lata et comprime le tendon du moyen fessier. La semelle orthopédique — par un contrôle de la sous-talienne et un soutien de l’arche médiale — peut limiter cette rotation interne propagée et réduire la charge compressive sur l’insertion tendineuse.
2 — Inégalité de longueur des membres (ILMI) et bascule pelvienne
Une ILMI non compensée provoque une inclinaison latérale du bassin côté membre long. En appui sur ce côté, la hanche se retrouve en adduction relative augmentée — exactement le même mécanisme compressif. Par ailleurs, l’effort de stabilisation du côté court (signe de Trendelenburg) surcharge chroniquement le moyen fessier homolatéral. La compensation podologique par rehaussement talonnier rééquilibre l’horizontalité pelvienne et redistribue symétriquement la charge sur les deux hanches.
Le bilan podologique pour la tendinopathie du moyen fessier
Le bilan cherche à identifier et à quantifier les facteurs mécaniques modifiables. Il ne traite pas la tendinopathie à lui seul — il s’articule avec la kinésithérapie pour un résultat durable.
Anamnèse et analyse des facteurs déclenchants
Localisation précise de la douleur, activités incriminées (marche longue, course, escaliers, décubitus), antécédents podologiques et orthopédiques. L’ancienneté des symptômes oriente sur le stade de la tendinopathie (réactive, dysrepair ou dégénérative selon le continuum de Cook & Purdam) et conditionne le niveau de charge acceptable pour la rééducation.
Analyse baropodométrique et mesure de l’ILMI
L’analyse statique et dynamique sur plateforme de pression objective l’asymétrie de charge, la pronation de l’arrière-pied et la durée relative d’appui sur chaque membre. La mesure clinique de l’ILMI (épine iliaque antéro-supérieure → malléole interne) est croisée avec les données baropodométriques pour distinguer l’inégalité réelle de l’inégalité fonctionnelle liée à une rétraction ou à une obliquité pelvienne.
Analyse posturale et observation de la marche
Observation du schéma de marche (signe de Trendelenburg, largeur du pas, angle d’attaque du talon), évaluation de l’axe frontal du membre inférieur (valgus/varus de genou, angle Q), observation de l’angle de rotation tibiale. Ces données déterminent si la semelle doit prioritairement agir sur la chaîne rotative, sur la compensation d’ILMI, ou sur les deux combinés.
Fabrication des semelles orthopédiques sur mesure
Les semelles intègrent les éléments correcteurs identifiés : contrôle de la sous-talienne par coins d’arrière-pied, soutien de l’arche longitudinale médiale pour limiter la rotation interne propagée, et si indiqué, rehaussement talonnier pour la compensation d’ILMI. Elles sont remises lors d’un second rendez-vous, généralement sous 3 à 10 jours.
Suivi et coordination avec la kinésithérapie
Contrôle à 4–6 semaines : ressenti douloureux, observation de la marche, ajustement si nécessaire. Le suivi podologique est complémentaire du renforcement du moyen fessier en kinésithérapie — la semelle réduit la contrainte compressive, la rééducation reconstruit la capacité de charge du tendon. Ces deux leviers sont synergiques et non substituables l’un à l’autre.
Ce que la littérature dit — et ne dit pas
L’essai clinique randomisé LEAP (Mellor et al., BMJ, 2018) a montré qu’un programme combinant éducation et exercices de charge progressive était supérieur à l’infiltration de corticoïdes à 12 mois pour le syndrome douloureux trochantérien. Les orthèses plantaires y figurent parmi les outils d’optimisation de la charge, en association avec la rééducation.
La plausibilité biomécanique du rôle de la pronation et de l’ILMI dans la surcharge compressive du moyen fessier est bien documentée (Grimaldi & Fearon, 2015). Pour autant, les semelles seules ne constituent pas un traitement suffisant : elles s’inscrivent dans une prise en charge multimodale incluant gestion de la charge, renforcement musculaire et si nécessaire, traitement médical.
La podologie n’éradique pas la tendinopathie. Elle réduit un facteur de contrainte mécanique modifiable — ce qui peut améliorer significativement le confort et soutenir la récupération à condition que les autres axes soient également pris en charge.
Repères cliniques et pratiques
Ce que nos patients nous demandent
Quelle est la différence entre une tendinopathie du moyen fessier et une bursite trochantérienne ?
Ces deux diagnostics appartiennent au même spectre clinique, regroupé sous le terme « syndrome douloureux trochantérien ». La distinction historique — tendon vs bourse — a longtemps orienté vers des traitements différents (infiltration pour la bursite, rééducation pour la tendinopathie). La compréhension actuelle montre que la bourse trochantérienne réagit souvent secondairement à la compression tendineuse : traiter le mécanisme compressif du tendon résout généralement les deux. L’IRM permet de préciser la part respective de chacun.
Pourquoi la douleur est-elle pire la nuit, allongé sur le côté ?
En décubitus latéral, le poids du membre supérieur crée une adduction passive de la hanche inférieure. Cette position comprime directement le tendon du moyen fessier contre le grand trochanter — exactement le mécanisme lésionnel en cause. Placer un coussin entre les genoux pour maintenir les hanches parallèles réduit significativement cette compression et améliore souvent le sommeil dès les premières nuits.
Ai-je besoin d’une IRM avant de consulter le podologue ?
Non, une IRM n’est pas un prérequis au bilan podologique. Le diagnostic clinique (douleur trochantérienne, palpation positive, tests provocateurs) est souvent suffisant pour initier la prise en charge. L’IRM est utile si le tableau est atypique, si une déchirure tendineuse partielle ou complète est suspectée (ce qui modifie la stratégie thérapeutique), ou si les symptômes ne s’améliorent pas après 6 à 8 semaines de traitement bien conduit.
La kinésithérapie est-elle indispensable, ou les semelles suffisent-elles ?
Les deux approches sont complémentaires et non interchangeables. La semelle orthopédique réduit la contrainte mécanique sur le tendon à chaque pas, en agissant sur la pronation et l’ILMI. La kinésithérapie reconstruit progressivement la capacité de charge du tendon via des exercices de renforcement isométrique puis isotonique. Sans renforcement, le tendon reste fragile même si la contrainte est réduite. Sans correction mécanique, le tendon reste soumis à un stress excessif même bien renforcé. L’association des deux optimise les résultats.
Puis-je continuer à courir avec une tendinopathie du moyen fessier ?
La règle générale est de rester en dessous du seuil douloureux : une douleur légère (1-3/10) pendant l’effort qui disparaît dans l’heure suivante est tolérable. Une douleur qui s’aggrave pendant la course ou qui persiste le lendemain signale une surcharge. La course sur terrain plat est mieux tolérée que les côtes, les terrains dévers et les escaliers. La réduction du kilométrage et de la vitesse, combinée aux corrections mécaniques et à la rééducation, permet généralement de maintenir une activité progressive.
Suis-je remboursé(e) pour les semelles dans ce cadre ?
Oui, les semelles orthopédiques réalisées par un pédicure-podologue sont remboursées par l’Assurance Maladie sur prescription médicale (médecin traitant, rhumatologue ou médecin du sport). La prise en charge est de 60 % du tarif de convention Sécurité sociale, le solde pouvant être couvert par votre complémentaire santé selon votre contrat. Vous pouvez consulter en podologie sans ordonnance, puis obtenir la prescription a posteriori pour le remboursement des semelles.
Agir sur les contraintes mécaniques de votre hanche
Un bilan podologique complet — analyse posturale, baropodométrie, mesure de l’ILMI — pour identifier les facteurs mécaniques impliqués dans votre tendinopathie et, si indiqué, fabriquer des semelles orthopédiques sur mesure.