Maladie de
Sever
Chez l’enfant sportif en pleine croissance, la pointe du talon est encore un cartilage — pas un os dur. Le tendon d’Achille et le fascia plantaire s’y attachent tous deux et, à chaque foulée, tirent en sens opposé. Cette traction répétée sur une zone immature : c’est la maladie de Sever.
Une traction à deux forces sur un cartilage immature
L’apophyse calcanéenne est la zone de croissance (cartilage de conjugaison) située à l’arrière du calcanéus. Elle n’est pas encore fusionnée à l’os principal chez l’enfant de 8 à 14 ans. Le tendon d’Achille s’y insère par le dessus, le fascia plantaire tire par le dessous — et à chaque impact du talon, ces deux forces s’exercent sur un cartilage dont la résistance est bien inférieure à celle de l’os adulte.
Vue latérale pied droit · double traction achilléenne (↑) et fasciale (→) sur l’apophyse calcanéenne non fusionnée (zone rouge)
Une pathologie de croissance 100 % bénigne
La maladie de Sever ne laisse aucune séquelle et se résout toujours spontanément à la fusion de l’apophyse calcanéenne, entre 14 et 16 ans. Il n’y a aucun risque de dommage permanent sur l’os, le tendon ou la croissance. Rassurer l’enfant et les parents fait partie intégrante de la prise en charge.
Pourquoi certains enfants sont-ils plus touchés ?
La maladie de Sever est liée à la croissance — mais certains facteurs augmentent la contrainte sur l’apophyse et précipitent l’apparition des symptômes.
Sport en poussée de croissance
Football, basketball, athlétisme, gymnastique — toute pratique répétant les impacts au talon et la poussée sur l’avant-pied pendant une poussée de croissance.
Tendon d’Achille raide
Un mollet peu extensible maintient l’Achille en tension permanente sur l’apophyse. La dorsale active (cheville) insuffisante est un facteur de risque majeur.
Surcharge d’entraînement
Augmentation brutale du volume ou de l’intensité (pré-saison, sélection), reprise après les vacances sans progressivité — l’apophyse ne supporte pas les sauts de charge.
Pied plat (valgus calcanéen)
Un axe calcanéen en valgus modifie l’angle de traction du fascia plantaire sur l’apophyse et augmente les contraintes en cisaillement.
Pied creux (varus supinateur)
Un pied creux rigide atténue mal les chocs à l’impact. L’apophyse reçoit un micro-traumatisme plus important à chaque appui.
Surface dure & chaussure plate
Terrain synthétique dur, bitume, ou chaussure sans amorti au talon — les contraintes à l’impact sont transmises directement à l’apophyse sans atténuation.
Comment reconnaître la maladie de Sever ?
La douleur au talon chez l’enfant sportif est le signal d’alarme. Contrairement à la fasciite plantaire de l’adulte, la douleur est postérieure (arrière du talon) et non plantaire — et elle est typiquement maximale en fin d’activité ou le lendemain.
- Douleur postérieure du talon
- Douleur à l’activité sportive
- Amélioration nette au repos
- Boitement en fin de match
- Douleur à la compression du talon
- Raideur matinale du talon
Diagnostic différentiel : ne pas confondre
Fracture de contrainte du calcanéus
Douleur diffuse à tout le talon, pas seulement postérieure. Œdème marqué possible. Aggravation progressive même au repos. Imagerie (IRM ou scintigraphie) nécessaire si doute — notamment chez l’enfant pratiquant plus de 15 h de sport par semaine.
Exostose de Haglund
Douleur strictement à l’insertion du tendon d’Achille sur le calcanéus, avec bosse visible et palpable. Friction de la chaussure aggravante. Souvent confondu avec Sever chez l’adolescent — l’imagerie (écho ou radio) permet de distinguer les deux.
Le rôle du podologue
L’objectif est double : soulager rapidement la traction sur l’apophyse pour permettre la reprise du sport, et corriger les facteurs biomécaniques qui amplifient la contrainte — morphologie du pied, rigidité achilléenne, amorti insuffisant.
Bilan podologique et analyse de la marche
Évaluation de la morphologie du pied (plat ? creux ?), mesure de l’extensibilité du tendon d’Achille (testing en dorsiflexion active), analyse des pressions plantaires et de l’axe calcanéen. Objectif : identifier les facteurs aggravants spécifiques à l’enfant.
Semelles orthopédiques avec talonnette amortissante
Une talonnette amortissante réduit l’impact à chaque appui et diminue mécaniquement la traction de l’Achille sur l’apophyse (en relevant légèrement le talon). Le support de voûte est adapté selon la morphologie. Réalisées en deux rendez-vous, remise généralement sous 3 à 10 jours.
Conseil chaussage et équipement sportif
Chaussure avec bon amorti au talon, drop modéré (8–12 mm) pour détendre l’Achille. Éviter les chaussures plates (football indoor, chaussons de gym) sans amorti en phase aiguë. Recommandations spécifiques selon le sport pratiqué.
Programme d’étirements kinésithérapiques
Étirements progressifs et réguliers du tendon d’Achille et du mollet — éléments centraux du traitement. Renforcement excentrique des muscles fléchisseurs plantaires. Glace post-entraînement pendant 15 minutes pour limiter la réaction inflammatoire locale.
Adaptation de la charge sportive
L’arrêt total n’est pas nécessaire dans la majorité des cas (stades ① et ②) — une réduction de 30 à 50 % du volume suffit souvent. Terrain souple préféré au synthétique dur. Suppression temporaire des séances les plus intenses (sprints, sauts, changements de direction répétés).
Glace, paracétamol et patience
En phase aiguë, la glace appliquée 15 minutes après l’effort (jamais directement sur la peau) et le paracétamol à la dose adaptée au poids permettent de passer les pics douloureux. Les AINS locaux (ibuprofène gel) peuvent aider sur 5 à 7 jours. L’infiltration de corticoïdes est contre-indiquée chez l’enfant en zone de croissance — à ne jamais réaliser sur l’apophyse calcanéenne.
Ce que demandent les parents
Votre enfant souffre du talon pendant ou après le sport ?
Un bilan podologique identifie les facteurs aggravants et adapte les semelles pour permettre la poursuite de l’activité. Cabinet Olagnier à Bron, accessible depuis Lyon.
Cabinet Olagnier · Podologue-pédicure · 69 Bron (Lyon) · 04 72 37 17 31